20.07.2008

Hannibal, l'enfant terrible de Kadhafi, arrêté dans une chambre d'hôtel à Genève

Hannibal, l'enfant terrible de Kadhafi, arrêté dans une chambre d'hôtel à Genève
Auteur:  Cynthia Gani 

http://www.letemps.ch/template/regions.asp?page=7&art...
 
GENEVE. Le deuxième fils du colonel Kadhafi a passé la nuit de mardi à mercredi aux violons du Palais de justice.
 
Une affaire très embarrassante, voilà ce qui accapare cette semaine les autorités genevoises, suisses et libyennes. Elles se seraient sans doute bien passées d'une médiatisation du délicat problème, mais voilà: hier, la Radio suisse romande annonçait à la mi-journée qu'un des fils du colonel Kadhafi, Hannibal, a été arrêté mardi par la police genevoise. Celui qui est connu comme l'enfant terrible de la famille a passé la nuit dans les violons du Palais de justice avant d'être entendu par le juge d'instruction Michel-Alexandre Graber. Le silence opposé à toutes les questions du côté des autorités concernées en dit long sur le malaise qui règne.

Maltraitance en cause

Anonyme mais officielle, une source a confirmé au Temps qu'Hannibal Kadhafi, 32 ans, a été arrêté dans le luxueux hôtel Président Wilson, sur les quais de la rive droite du Léman. Sans en dire plus. Il semble qu'il a été embarqué avec deux de ses gardes du corps, qui résistaient aux forces de l'ordre sous les yeux ébahis des badauds.

A-t-il été inculpé? Sous quel chef? Hier, le juge Graber n'était pas joignable, puisqu'il entendait justement Hannibal. Mais l'interpellation du fils de Mouammar Kadhafi serait liée aux mauvais traitements infligés à l'une de ses domestiques, qu'il aurait frappée. Hier, la police judiciaire menait l'enquête à l'hôtel Président Wilson, où la direction est elle aussi aux abonnés absents.

Immunité diplomatique?

Il y une autre inconnue de taille: Hannibal Kadhafi, qui n'en est pas à son premier dérapage, bénéfice-t-il de l'immunité diplomatique? A Genève, la source officielle du Temps assure que non. A Berne, le Département des affaires étrangères ne pipe pas mot. A cette question posée par les journalistes, il renvoie un document sur les questions techniques et les aspects juridiques des privilèges et immunités diplomatiques...

Ce qui est sûr, c'est que le président Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, n'aura aucune peine à faire parvenir à Hannibal, un de ses fils préféré, un passeport diplomatique, assure Hasni Abidi, directeur du Centre d'étude sur le monde arabe et méditerranéen à Genève. Il s'exprimait hier sur les ondes de la RSR.

«Intouchable en Libye»

«Il est intouchable aux yeux de son pays», explique Hasni Abidi. Du coup, lorsque l'affaire est parvenue à ses oreilles, le colonel n'a pas tergiversé: il a fait venir son ambassadeur, et a mis un terme aux congés et vacances de certains diplomates, affirme l'expert. Hier, ni le consulat de Libye à Genève, ni l'ambassade à Berne ne souhaitaient commenter. Mais la tension était déjà palpable.
Pour les autorités fédérales, l'enjeu est clair: il s'agit d'éviter l'incident diplomatique avec Tripoli. Car la Libye constitue le principal fournisseur de pétrole de la Suisse: «On importe 34% de nos ressources énergétiques de la Libye, qui investit par ailleurs dans plusieurs sociétés suisses», précise Hasni Abidi.
Une longue liste d'excès

Hannibal Kadhafi s'est déjà rendu célèbre pour sa propension aux excès. Le deuxième fils du colonel avait fait la une des journaux en 2001 en Italie, lorsqu'il avait provoqué avec ses gardes du corps une bagarre à la sortie d'une boîte de nuit à Rome.

En 2004, à Paris, cet amateur de voitures et de belles filles a joué les Fangio en dévalant l'avenue des Champs-Elysées à 140 km/h et en brûlant plusieurs feux rouges. En 2005, Hannibal Kadhafi a été condamné par un tribunal parisien à quatre mois de prison avec sursis pour avoir battu sa concubine alors enceinte. Et en 2007, il a fait l'objet d'une enquête du parquet de Nice, suite au démantèlement d'un réseau de call-girls. En France, contrairement à Genève, il n'aurait jamais passé une nuit en prison.

Un dénouement incertain

Médecin et militaire de formation, Hannibal Kadhafi tranche avec Seif el-Islam, troisième fils du colonel, très impliqué sur le plan de la politique, qui a joué un rôle dans la libération des infirmières bulgares. Ce dernier a créé la Fondation internationale Kadhafi pour le développement.
Selon l'expert Hasni Abidi, beaucoup de proches du colonel lui conseillent de garder Hannibal auprès de lui, à Tripoli. Mais pour l'heure, personne ne sait quand il rentrera. 
 

Darfour : "La CPI fait beaucoup de politique et peu de droit"


our Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS, basé au CERI-Sciences Po Paris, la demande de mandat d'arrêt international visant le président soudanais, Omar Al-Bachir, n'est pas fondée légalement et risque de remettre en cause les efforts de paix au Darfour.

Plusieurs pays ont fait part de leur inquiétude après la demande, lundi 14 juillet, d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) visant le président soudanais, Omar Al-Bachir. Quelles conséquences cette demande peut-elle avoir sur le terrain ?


Le Darfour est le conflit qui mobilise le plus les opinions publiques occidentales. D'un strict point de vue humanitaire, la crise est contenue. Mais on peut noter une dégradation depuis l'échec des accords d'Abuja en mai 2006. Elle est imputable au gouvernement et à l'autonomisation des milices créées par Khartoum qui volent aujourd'hui de leurs propres ailes. Mais aussi aux divisions qui se sont produites au sein des groupes rebelles. Sur le plan politique, un nouveau médiateur vient d'être nommé. Il se serait sans doute bien passé de cette décision de la CPI pour entamer son mandat...
Mais il y a d'autres problèmes au Soudan. Notamment la mise en œuvre des accords Nord-Sud signés en janvier 2005. Les deux parties en conflit, le gouvernement de Khartoum et le gouvernement au Sud-Soudan, ont actuellement des désaccords importants, mais il y a des progrès sur d'autres dossiers. La demande de mandat d'arrêt du procureur de la CPI, M. Luis Moreno-Ocampo, peut remettre en cause ces avancées qui sont difficiles, mais réelles.
Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, est allé trop loin en s'en prenant à un chef d'Etat en exercice ?
La CPI me semble faire beaucoup de politique et peu de droit. Quand on lit le réquisitoire prononcé par M. Luis Moreno-Ocampo devant le Conseil de sécurité de l'ONU le 5 juin, la description qui est faite de la situation au Darfour est quand même assez hallucinée, et certaines comparaisons sont inacceptables. Dire aujourd'hui qu'il y a un génocide dans les camps de réfugiés, c'est de la rhétorique militante. Quelle que soit la réalité et les sentiments qu'on puisse avoir à l'égard d'Omar Al-Bachir, on ne peut pas le comparer à Hitler. Ce sont des erreurs infondées en termes d'analyse politique ou de terrain. Juridiquement, elles sont au mieux inutiles et au pire scandaleuses.

Ce qui n'enlève rien à la responsabilité de Khartoum : on peut considérer d'un point de vue politique qu'Omar Al-Bachir, en tant que responsable d'un Etat qui a commis de telles atrocités, doit être puni, mais d'un point de vue juridique, c'est très léger. M. Luis Moreno-Ocampo est sans doute très populaire aujourd'hui dans certaines grandes capitales occidentales, y compris à Paris, mais dans les pays du tiers-monde il est perçu comme l'un des outils de l'Occident pour faire valoir son point de vue en prétendant que c'est le point de vue international.
Le Conseil de sécurité de l'ONU peut-il geler la procédure de la CPI ?
Tout d'abord, un panel de juges de la Cour va se pencher sur les preuves fournies par le procureur et décider s'il y a lieu d'émettre un mandat d'arrêt international. Cela va prendre au moins un mois et demi. Ensuite commenceront les choses sérieuses. Il semble qu'une disposition du traité de Rome permette au Conseil de sécurité de l'ONU de geler une procédure en cours.

Mais au-delà du mandat d'arrêt visant Omar Al-Bachir, il y a un problème majeur : si on regarde l'incrimination, on a l'impression que n'importe quel dirigeant politique soudanais peut être demain visé par la CPI. Dans ce cas, ce n'est pas Omar Al-Bachir qui est visé comme personne, c'est un régime, et là on est dans une situation dont le flou juridique est évident. L'appareil d'Etat est incriminé dans son ensemble : comment reconstruire la paix dans ces conditions ? Je crois qu'il faudrait réfléchir un peu et ne pas se laisser aller à des effets de manche politiques qui nuisent à la crédibilité juridique de la cour.

Cette mise en accusation de Khartoum change-t-elle le rapport de force ?
Au Darfour, les rebelles ont l'impression avec cette demande de mandat d'arrêt qu'ils ont gagné une grande bataille : ils vont vouloir en gagner d'autres. Ces groupes vont se dire que c'est le moment ou jamais de modifier en leur faveur le rapport de force militaire.

Cela peut provoquer des représailles de grande ampleur de la part du régime de Khartoum qui peut se dire qu'il n'a plus grand-chose à perdre. Et on repartira dans une escalade militaire comme celle qu'on avait connue il y a deux ans. Ce sera le prix payé par la population du Darfour pour voir la morale universelle s'appliquer dans leur pays.
La Chine, les Etats-Unis et l'ONU ont fait part de leur vive inquiétude...

Les Nations unies ont peur pour leurs personnels sur le terrain. La Chine, elle, constate, qu'il est évidemment très désagréable de voir son nom associé à un génocide, d'autant plus à quelques semaines du début des Jeux olympiques.

Les Américains, eux, n'ont jamais été très enthousiastes vis-à-vis de la CPI, dont ils n'ont pas voté la création. L'administration Bush a beaucoup œuvré contre cette juridication et s'était même abstenue, avec la Chine, lors du vote [au conseil de sécurité de l'ONU] de la résolution permettant la saisie de la CPI sur le Darfour. Dans leur idée, il s'agissait simplement d'envoyer un message fort à Khartoum pour obtenir une résolution rapide du conflit. Jamais ils n'avaient imaginé que la CPI irait aussi loin.

Un deuxième aspect, particulièrement important pour les Américains, concerne la lutte contre le terrorisme. On sait depuis septembre 2001, que le gouvernement soudanais a œuvré de façon concertée avec Washington sur cette question. Au point d'ailleurs que l'interlocuteur principal des Américains, le chef des services de sécurité, maître d'œuvre de la politique du régime soudanais au Darfour, a été invité à Langley, au siège de la CIA. On peut se poser la question suivante : dans quelle mesure le gouvernement soudanais va-t-il estimer devoir poursuivre sa coopération avec les Etats-Unis ?


Propos reccueillis par Soren Seelow

Ordre du jour

Rapports du Secrétaire général sur le Soudan

15.07.2008

Ban Ki-moon préoccupé par l'insécurité au Tchad


http://www..un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=16835&am...

10 juillet 2008 –Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, se dit « profondément préoccupé » par l'insécurité qui continue de régner au Tchad dans un rapport remis jeudi au Conseil de sécurité et rappelle que seul un véritable dialogue politique entre le gouvernement tchadien et les groupes d'opposition peut régler durablement le conflit dans ce pays.« Je suis profondément préoccupé par les incursions répétées auxquelles se livrent les rebelles au Tchad et par l'insécurité qui continue de régner dans le pays », dit-il dans ce rapport. « La précarité des conditions de sécurité a empêché l'acheminement de l'aide humanitaire, en particulier depuis l'assassinat du directeur de l'organisation Save the Children, survenu le 1er mai. Je condamne une nouvelle fois cet acte criminel et exhorte toutes les parties à accorder aux humanitaires un accès sans restriction à l'est du Tchad », ajoute-t-il.Selon le Secrétaire général, « seul un véritable dialogue politique entre le gouvernement tchadien et les groupes d'opposition armés et non armés, associé au rétablissement des relations entre Khartoum et N'Djamena, peut régler durablement le conflit au Tchad ». Les efforts visant à favoriser le dialogue politique ont donné des résultats mitigés au cours des derniers mois. « Si le dialogue entre le gouvernement et les partis politiques a bien été relancé dans le cadre de l'accord du 13 août 2007, aucun progrès n'a été accompli dans l'ouverture d'un tel dialogue avec les groupes d'opposition armés tchadiens », relève-t-il.Il exhorte également les gouvernements tchadien et soudanais à appliquer pleinement l'accord de Dakar du 13 mars et à prendre des mesures aux fins de la normalisation de leurs relations.Ban Ki-moon, qui se félicite du degré de coopération entre le gouvernement tchadien, la Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) et la Force de l'Union européenne (EUFOR Tchad/République centrafricaine), juge primordial que le gouvernement tchadien achève sans tarder la mise en place du cadre juridique nécessaire aux fins du déploiement du Détachement intégré de sécurité (DIS).Selon lui, la formation dispensée par la MINURCAT aux formateurs et au commandement du DIS est un bon départ sur la voie du renforcement des capacités du DIS en matière de maintien de l'ordre dans les camps de réfugiés et dans les zones où s'installent les personnes déplacées. Mais, « la Mission, le gouvernement et l'EUFOR devraient désormais redoubler d'efforts pour rattraper le retard pris dans la phase suivante de la formation de l'élément principal du DIS », ajoute-t-il.