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08.01.2008

La honte d’être Africain



http://www.congoindependant.com/article.php?articleid=322...  
 
Dès la fin de la guerre civile rwandaise, en juillet 1994, un grand quotidien américain a dépêché un de ses reporters à Kigali. Il s’agit d’un Américain de race noire. Scandalisé par le spectacle des hommes, femmes et enfants découpés à la machette par d’autres êtres humains, ce journaliste afro-américain s’est empressé, à son retour aux Etats-Unis, d’écrire un ouvrage sur ce qu’il a vu au pays des Mille collines. Conclusion de l’auteur : «La traite d’esclaves a été une chance pour les Noirs déportés en Amérique». Chacun pourra apprécier cette phrase suscitée plus par l’horreur que par la rationalité. Osons le dire : il y a de fois où l’on est très peu fier d’être Africain. Noir. La situation qui se déroule au Kenya fait la honte du continent. Au moment où nous couchons ces lignes, près de 300 citoyens kenyans ont été abattus, en l’espace de trois jours, comme des vulgaires lapins par la police anti-émeute de ce pays. Qui a donné l’ordre de tuer ? Pourquoi ? Il s’agit des partisans de Raila Odinga qui protestent contre la «victoire» du président sortant Mwai Kibaki. La police kéyanne a reçu l’ordre - de qui on peut imaginer - de tirer sans sommation sur toute personne qui viole le couvre-feu décrété dimanche 30 décembre après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle. Comparaison n’est sans doute pas raison. En 2005 et tout récemment en 2007, la France a connu durant plusieurs semaines de graves émeutes dans plusieurs banlieues. Des véhicules ont été détruits par des jeunes et autres casseurs. Des commissariats de police ont même été saccagés. Bilan : plusieurs policiers blessés. Il y a eu plusieurs arrestations. Pas une seule victime du côté des protestataires. Et pourtant, les policiers français sont équipés d’armes individuelles. Ce fait montre la différence existant entre une police républicaine avec un grand «R» et les autres. Le respect de la vie et de la dignité de la personne humaine serait-il une vertu réservée aux seules nations occidentales ? Tout laisse apparaître que le président sortant Mwai Kibaki a été «mal réélu». Refusant la fatalité, son adversaire Raila Odinga continue à dénoncer les fraudes massives portant notamment sur 300.000 voix. L’écart entre les deux candidats n’a été que de 231.728 voix. Raila a manifestement été entendu. Les observateurs européens se disent outrés par des irrégularités lors du dépouillement des bulletins. Comment pourrait-on penser autrement quand on sait que le président réélu a organisé la cérémonie de son investiture, dimanche 30 décembre, seulement une heure après la publication des résultats par la commission électorale. Et pourtant les opérations de dépouillement ont accusé quatre jours de retard. Les Congolais de Kinshasa ont encore frais en mémoire la lettre adressée au gouverneur de la Banque centrale du Congo par She Léonard Okitundu, alors directeur du cabinet présidentiel, demandant une «avance» d’un million de dollar en vue de l’organisation de la cérémonie d’investiture du président élu. A l’époque, les résultats de la présidentielle n’étaient pas encore connus… Les Congolais se rappellent également le pilonnage, par deux fois, de la résidence de Jean-Pierre Bemba, le challenger, par des éléments de la garde présidentielle de Joseph Kabila. En mars dernier, 600 personnes ont péri lors des affrontements sanglants dans la capitale. Revenons au Kenya. On a appris ce mardi 1er janvier que le département d’Etat américain a qualifié ses propres «félicitations» transmises précipitamment à Kibaki comme une «erreur». L’Union européenne, l’Union africaine, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis invitent les deux parties au dialogue. Londres va jusqu’à proposer la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Raila, lui, n’en démord pas. Il invite Mwai à reconnaître sa «défaite».

Les observateurs de l’Union européenne ont demandé mardi une enquête indépendante sur les résultats de la présidentielle. Au motif que le scrutin n’a pas respecté les critères internationaux et régionaux d’élections démocratiques. La situation qui prévaut au Kenya inspire au moins trois enseignements. Primo : la compétition politique en Afrique noire tarde à quitter le « Moyen Age » pour faire son entrée dans la modernité. La course au pouvoir continue à prendre une tournure de duel à mort plus pour les avantages et privilèges que procure l’imperium que pour le service à rendre à la collectivité. La répression militaro-policière est érigée en «arme fatale» pour résoudre les différends politiques. Secundo : les dirigeants africains, dans leur grande majorité, affichent un grand mépris pour la vie et la dignité de leurs concitoyens appartenant à d’autres courants politiques. Pour ces dirigeants, la conquête ou la conservation du pouvoir n’a pas de prix. Enfin : il a fallut que la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale, prenne ses distances vis-à-vis de la réélection annoncée de Mwai Kibaki pour que les Etats-Unis se ravisent et retirent leurs félicitations au chef de l’Etat kényan. Les Etats Unis se déclarent maintenant "très inquiets" du déroulement des consultations politiques au Kenya. Ce fait démontre à ceux qui avaient encore des doutes qu’en dépit des indépendances africaines, les anciennes métropoles continuent à jouer – en vertu d’une «division du travail» – le rôle de la lorgnette à travers laquelle la «communauté internationale» scrute les territoires anciennement administrés. Le cordon ombilical est loin d’avoir été coupé. Tout en applaudissant l’indignation européenne, il serait naïf de croire que celle-ci est motivée par l’idéal démocratique...
 
B. Amba Wetshi

Les fantômes de l'Arche

«ils se sont envolés, nous restons»
Les fantômes de l'Arche

Un procès éclair, un départ précipité des Français, rendus à la justice de leur pays. Comme si Paris et N'Djamena voulaient oublier au plus vite l'affaire des enfants de Tiné et d'Adré. Sur place, les plaies sont pourtant profondes. Familles déchirées, intermédiaires condamnés aux travaux forcés. Florence Aubenas donne la parole à ceux qu'on ne veut plus entendre


De notre envoyée spéciale au Tchad


SEMAINE DU JEUDI 03 Janvier 2008
 
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2252/articles/...
 
Mahamat Mahmout n'a pas tout à fait le rang de chef de village, mais presque. Son avis fait autorité pour les décisions importantes comme la chasse ou les semences. Ses champs sont parmi les meilleurs, même pendant la saison des pluies. Il sait se montrer indispensable pour emmener les malades au centre de santé, à deux jours de cheval. Mahamat Mahmout a deux femmes, l'une en brousse et l'autre au chef-lieu de canton; il a dix enfants, dont trois sont marabouts, et pas un militaire. Il leur a toujours dit : «II est plus facile de prendre une arme que d'être respecté dans son village.» Tout cela force l'admiration à Wandalou, une vingtaine de huttes dans la brousse à l'extrême Est du Tchad, juste à la frontière du Darfour.

Quand il a été frappé par l'infamie, il y a deux mois, Mahamat Mahmout l'a tout de suite compris. Il parle, on ne l'écoute pas. Il arrive, on se tait. Il veut aider aux champs, on lui dit : «Non, pas toi. Merci.» Même ses femmes et ses enfants le traitent en étranger. Mahamat Mahmout se promène comme un fantôme. Au village, «où on n'est rien sans les autres», il est seul, pour la première fois. «Il ne fait plus partie des vivants», dit un voisin. C'est la pire des punitions. Mahmout se souvient avoir déjà vu quelqu'un marqué comme il l'est aujourd'hui. «Un lion avait attaqué le troupeau, et les femmes avaient défendu les boeufs. On avait ensuite découvert qu'un jeune homme se trouvait là mais n'avait pas bougé. La famille avait été salie; et l'homme, obligé de partir.» Mahamat Mahmout hausse les épaules. Le lion n'est rien à côté de son histoire. Le 25 octobre 2007, quand les six Français de l'Arche de Zoé ont été arrêtés alors qu'ils s'apprêtaient à embarquer clandestinement 103 enfants vers la France, le fils de Mahamat Mahmout était parmi eux. Dans un village, le père décide. C'est lui qui avait choisi de leur confier l'enfant «pour qu'il soit éduqué».

En apprenant la nouvelle, tous les parents ont dit la même chose : «Des Blancs sont déjà venus ici. Quand ils ont parlé d'un puits, ils ont fait un puits. Quand ils ont parlé d'une école, ils ont fait une école. Là, ils ont volé des enfants. Pourquoi le tien ? Est-ce parce que tu l'as vendu ? Comment peux-tu nous prouver que tu n'étais pas au courant des secrets des Blancs ?» Dans la brousse, à l'est du Tchad, il n'y a rien à répondre à cela. Depuis, Mahamat Mahmout vit devant les grilles de l'orphelinat d'Abéché, où les 103 enfants sont toujours sous la tutelle de l'Etat tchadien. Là, il a retrouvé les autres pères, une soixantaine en tout, de la région d' Adré et de Tiné (au Tchad) ou de Wadicon (au Soudan) . Eux aussi des fantômes, bannis de leur village. Tous espéraient beaucoup du procès des six Français devant la cour criminelle de N'Djamena. Mahamat Mahmout a été un des cinq choisis pour aller demander réparation, au nom de tous, à cette justice dont il ne devinait même pas l'existence. Finalement, les membres de l'Arche de Zoé ont été condamnés à huit ans de travaux forcés, puis rapatriés. «Ils se sont envolés. Nous restons.»
 
Enfermés dans leur rêve

Ahmat, lui, est commerçant à Tiné. Lui aussi était un des cinq représentants des familles au procès. Il se souvient de ce jour d'octobre où il a vu passer «deux camions de Blancs, avec leur drapeau». Comme à chaque fois, il a senti «une petite décharge» de jalousie. «Laide n'est jamais pour nous, mais pour le Darfour.» Dans le camion, deux émissaires tchadiens ont été mandatés par une nouvelle association, Children Rescue (le nom de l'Arche au Tchad), qui accueille des «orphelins du Darfour» dans un centre à Abéché, à sept heures de route de Tiné. 
 

Au Soudan, il est périlleux de travailler pour les humanitaires. Eric Breteau, le patron de Children Rescue, s'en est vite rendu compte quand il a décidé de monter son opération. De blocages administratifs en surveillance policière, il a tout juste réussi à passer quelques heures au Darfour en avril 2007. Et encore, sans descendre du 4x4, sauf pour les photos. C'était la première fois que Breteau allait en Afrique, en dehors d'un séjour touristique. «Nous avons alors eu l'idée de nous baser à l'est du Tchad et d'envoyer des émissaires pour ramener des orphelins de l'autre côté de la frontière», dit-il. Emilie Lelouch, 31 ans, est une des deux coordinatrices du projet : la police tchadienne lui demandera au moment de son arrestation si elle a l'habitude de ce genre de mission. «Non, je n'en avais jamais fait», répond-elle. Une des traductrices tchadiennes, qui les voit s'installer, se souvient avoir pensé : «Ils croient être en Afrique, mais ils vivent enfermés dans leur rêve.»
 
Des ânes dans les classes

A Tiné, ce jour d'octobre 2007, un des deux émissaires tchadiens de Children Rescue s'appelle Eritero. Il appartient au plus puissant des clans locaux, les Zagawas, qui est aussi celui du chef de l'Etat, Idriss Déby. Eritero a été colonel, il loue maintenant des voitures et apprécie les affaires juteuses. Il s'est vanté de savoir où il y avait «beaucoup d'orphelins», mais ne tient pas à s'embarrasser d'aller au Soudan. A Tiné, Eritero frappe à la porte du sous-préfet, ce qui constitue déjà un privilège. «La loi, c'est lui, un intouchable, explique un notable. Un sous-préfet agit comme bon lui semble.» Eritero lui demande s'il n'y a pas des réfugiés de ce côté-ci de la frontière. Le sous-préfet est ennuyé. A Tiné, «tous les Darfouris ont été mis dans des camps par le HCR depuis au moins trois ans». Pourtant, le sous-préfet veut aider Eritero : il a été son aide de camp dans l'armée et fait partie de son clan. Il donne l'ordre au maire d'organiser une réunion avec la population tchadienne de Tiné.

Le maire s'exécute de bonne grâce : cette opération doit venir de très haut puisque le sous-préfet l'appuie. Peut-être lui attirera-t-elle les faveurs du président Déby ? Tous les participants à la réunion sont formels : on y parle école, et jamais Darfour. Le lendemain, 17 petits enfants montent dans deux 4x4 sous la protection du plus vieux chef de quartier de Tiné, le très sage Dagoth, 75 ans. A l'arrivée, l'émissaire Eritero certifie à l'ONG qu'il s'agit d'orphelins soudanais. De son côté, l'association est en train de verser l'acompte de l'avion, qui doit décoller dans moins de dix jours, à l'insu des employés tchadiens. «Tout le monde cachait quelque chose à l'autre», reprend la traductrice.

Mahamat Hassan Ahmat, le commerçant de Tiné, leur avait confié deux fils. Pendant le procès, le président l'interroge. «Pourquoi avoir voulu mettre vos enfants dans l'école des Blancs et pas dans celle de la ville ?» Mahamat Hassan Ahmat reste comme fusillé. N'est-ce pas de la moquerie d'exiger de lui une réponse que nul n'ignore ici ? Les larmes lui montent aux yeux. Oui, Mahamat Hassan Ahmat connaît bien l'école de Tiné. Mais il n'y a aucun professeur, ou si peu. Depuis le début du conflit au Darfour, les violences se sont propagées à l'est du Tchad. Les fonctionnaires ont été les premiers à abandonner leur poste. «Si on a les moyens d'avoir un pick-up en bon état, on peut encore s'enfuir en cas d'attaque, dit l'un. Mais, comme enseignant, on ne gagne même pas de quoi donner de la viande à ses enfants.» Certaines salles de classe sont occupées par les ânes, d'autres par les chèvres. Contrairement aux provinces du Sud, l'Est compte 90% d'analphabètes, et les parents préfèrent envoyer les enfants aux pâturages. Mahamat Hassan Ahmat aussi a toujours redouté l'instruction pour ses fils. «Ils ne seront plus tout à fait comme moi. Ils partiront à la ville et seront perdus pour la famille.» Un centre d'éducation des Blancs, en revanche, ce n'est pas seulement une école. C'est une assurance sur l'avenir, la promesse que les enfants deviendront des «akoumas», des grands hommes. Bref, «une aubaine que personne ne voudrait rater dans ce pays où l'Etat ne tient plus le coup», dit un conseiller ministériel.

Devant la cour de N'Djamena, Mahamat Hassan Ahmat regarde le président. Même les Blancs savent tout ça, sinon pourquoi viendraient-ils jusqu'ici accrocher des tableaux noirs ? Mahamat Hassan se dit que le magistrat doit lui tendre un piège en lui posant cette question. Alors, les yeux droits devant lui, il reste silencieux.

Assis chaque jour dans le même ordre et sur le même banc, les cinq pères ont suivi chaque minute du procès. Le seul à savoir un peu écrire prend soin de planter au revers de sa djellaba un stylo doré qui brille comme une décoration. Il était chargé de prendre des notes, mais ne s'en est jamais servi. Les cinq pères n'ont compris que leurs propres dépositions : le procès se tient en français, eux ne parlent qu'arabe. Ils fixent Eric Breteau qui martèle dans son box les termes de «soi-disant familles t> et de «prétendus Tchadiens» pour les désigner. Au début de l'instruction, une toute petite fenêtre de doute semblait s'être ouverte dans les certitudes du Français. Il expliquait alors que si les émissaires les ont trompés et que les «enfants sont déclarés tchadiens, c'est un drame». Un rapport consigné par l'Unicef et le HCR a évalué que 85% des enfants viennent de villages tchadiens, les autres étant surtout de Wadicon, au Soudan. Selon lui, seuls six enfants n'ont toujours pas été réclamés par leurs familles. Pour Breteau, en revanche, la fenêtre de doute s'est refermée. Il semble persuadé aujourd'hui que les cinq hommes assis devant lui, et tous ceux qu'ils représentent, ont été payés par les autorités pour revendiquer faussement la filiation d'orphelins soudanais.
 
«Les mots nous étouffent»

Dans le volet de Tiné, le sous-préfet n'a jamais été inquiété, Eritero vient d'être inculpé, le maire et le secrétaire ont été acquittes. A 1 annonce du verdict, tous deux se lèvent, s'embrassent. Accusé comme eux de «complicité» pour être juste monté dans un 4x4, le vieux sage Dagoth laisse éclater la même joie, par mimétisme. Lui non plus n'a pas compris grand-chose à l'audience. Personne n'ose le lui dire, il est le seul condamné de Tiné : quatre ans de prison, comme le Soudanais Souleimane Ibrahim Adam, intermédiaire pour 63 enfants dans la région d'Adré (voir «le Nouvel Observateur» du15 novembre), lourdement chargé à l'audience par ceux de l'Arche de Zoé.

Du village de Wandalou, on vient d'annoncer à Mahamat Mahmout que sa femme est retournée vivre chez ses parents. Elle lui fait dire qu'il n'a qu'à rejoindre sa nouvelle famille, celle des Blancs. Après le procès, les cinq pères ont tardé à donner des nouvelles à leurs villages. Comme ils s'y attendaient, on leur a demandé : «Qu'avez-vous à raconter ?» Ils n'ont su que répondre. «Les mots nous étouffent mais ne sortent pas.» On leur a dit : «Alors les Blancs repartent chez eux, et vous revenez les mains vides ?»

Ils ont refait le voyage vers l'orphelinat d'Abéché, rejoindre les autres fantômes. Certains deviendront fous. D'autres se donneront la mort. Quelques-uns peut-être réussiront à «regagner la place qu'ils avaient auparavant, dans un an, peut-être dix». Ils le savent, se regardent et se demandent juste «quel sera leur propre chemin».
 
Florence Aubenas
Le Nouvel Observateur

Colonie française du Tchad : Exfiltration autoritaire des six Français condamnés pour tentative d’enlèvement d’enfants

 
http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=19...
 
Le rideau s’est finalement levé sur le leurre qui se jouait entre Abéché, N’djamena au Tchad et Paris depuis le 25 novembre, sur fond d’affaire dite Arche de Zoé. Suite à l’interception in extremis ce jour-là par les autorités tchadiennes de neuf français qui avaient mis en œuvre une opération d’enlèvement d’enfants tchadiens en vue, apparemment de les faire adopter en France au titre d’orphelins du Darfour, après une sanction clémente et une absolution commandée de «journalistes», les Français condamnés ont regagné leur pays le 28 décembre 2007. Le lendemain de leur condamnation à huit ans de travaux forcés, alors qu’ils encouraient des peines se fixant entre cinq et vingt ans. Comme l’avait promis le président Sarkozy qui ne s’était embarrassé d’aucune préséance diplomatique en affirmant que «même s’ils ont fait quelque chose de mal» les Français reviendraient en France, disant autrement le privilège d’être français en Afrique. Traduisons notamment la supériorité de la nationalité française en Afrique sur les lois locales.
 
L’opération hautaine et autoritaire a consisté à demander officiellement le transfèrement des Français condamnés en France le jour même de leur condamnation par la justice tchadienne qui s’est empressée on ne sait (?) pour quelles raisons de s’exécuter. Disparus les donneurs de leçons qui tancent les Africains incapables de respecter les lois, incapables de faire autre chose que des arrangements sur le dos des procédures légales, rationnelles, démocratiques. Disparus les haut-parleurs qui prêchent la séparation des pouvoirs, et même les simulacres ridicules de la défense des membres de l’expédition qui tenta d’enlever des enfants africains on ne sait à quelle fin. Tout cela a été balayé par une grossière opération fleurant bon des godillots et les pratiques du protectorat français du Soudan.
 
Il ne peut s’agir de transfèrement comme disent et essaient d’accréditer les médias racistes en ce sens qu’ils conçoivent et véhiculent l’imbécillité intellectuelle et démocratique d’une justice pour les Blancs et une pour les Noirs. Le transfèrement est un changement de lieu d’emprisonnement et implicitement suppose que la peine en sa nature et son exécution soit la même. A l’instar des transferts pour raisons diverses (sécurité, risque d’évasion, …) de détenus d’une prison à un centre carcéral jugé plus approprié. Les médias mentent effrontément et sans contradiction, il ne s’agit que victimes nègres, enfants et parents douteux, pis nègres d’Afrique, d’un pays pauvre et co-administré par la douce et humaniste France…
 
Il ne peut s’agir dans cette opération pseudo judiciaire d’extradition puisque comme le rappelait le juriste Armand Adotevi «Aux termes de l’article 49 C de l’Accord en matière judiciaire, il est précisé ce que ci-après : « … l’extradition est refusée … -c) Si les infractions ont été commises en tout ou partie sur le territoire de l’État requis … ». Nul ne pouvant valablement arguer de ce que l’infraction n’a pas été commise en tout ou partie sur le territoire Tchadien, la demande de la Partie État Française à l’Accord ne pourra prospérer.»
 
Il ne saurait y avoir d’extradition sous le couvert de l’Accord judiciaire de 1976. Quelle base légale a donc servi au faux «transfèrement» des six condamnés français du Tchad ? Une seule, le rapport de type colonial qui lie l’ancienne puissance tutélaire à un Etat qu’elle n’a cessé de manipuler et gérer en fonction de ses intérêts depuis quarante ans. La France a décidé que les Français seraient sortis du Tchad quels que fussent leurs faits, méfaits et crimes, le Tchad, petite province exotique s’est exécuté. On ne parle plus de souveraineté, au lieu de farce, de plaisanterie qui n’en fini plus de durer.
 
Le signal est limpide. A l’instar de milliers d’affaires de nature criminelle impliquant des Français en Afrique, pédophilie, prostitutions hétérosexuelles et viols homosexuels, le principe demeure de l’intouchabilité des Blancs en Afrique (ex-) colonisée, sauf exception. La médiatisation de l’Affaire dite Arche de Zoé sur des aspects qui évitaient soigneusement les questions gênantes telles que les soutiens hauts placés voire enracinés dans l’industrie pharmaceutique -confère nos articles précédents- de ces «travailleurs humanitaires» un peu spéciaux ont été d’un commun accord entre la puissance tutélaire et sa colonie évacués.
 
Aurait-il pu en aller différemment quand on sait que le régime tchadien de M. Deby ne tient que grâce à l’appui militaire et en forces spéciales de la Françafrique qui l’avait installé au pouvoir à la fin 90, contre l’ancien homme de la France Hissein Habré ? Régime abreuvé de pétrole qui s’éternise d’élections imaginaires en tripatouillage de la constitution, la Françafrique avait pour seule contrainte à canaliser la colère populaire, les réactions anti-françaises et dans une certaine mesure les opérations humanitaires au Darfour, relevant elles aussi de la géopolitique. En offrant aux politiques tchadiens de jouer momentanément leur partition sur la souveraineté de la justice et en faisant miroiter à des familles financièrement exsangues la promesse de plus de 60 000 euros la pilule s’est transformée en opportunité. Le sol africain reste ainsi lieu de viol, de vol, de prédation consacrée et chacun le saura. Les grands humanistes, les écorchés de l’Etat de droit avalent leurs cuillères et vont à la soupe, dans l’ouverture à tout rompre... Aux Africains et aux nègres du monde de tirer les leçons qui s’imposent.
 
 

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