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08.06.2008

Etats Unis- Obama le jeune et McCain l'ancien

 
Courrier international - n° 918 - 5 juin 2008


http://www.courrierint.com/article.asp?obj_id=86273#
 
L’un n’a que 46 ans, l’autre en a déjà 71. Une différence d’âge et de génération qui explique en grande partie leurs visions divergentes du monde et de la politique.
 
La différence d’âge entre Barack Obama et John McCain est la plus importante de toute l’Histoire entre deux candidats à la présidentielle. Si Obama est élu, il comptera, à 47 ans, parmi les plus jeunes présidents des Etats-Unis. Si McCain l’emporte, à 72 ans, il sera le plus vieux à entrer à la Maison-Blanche.

Beaucoup considèrent que cet écart de vingt-cinq ans entre les deux hommes est la principale vulnérabilité de McCain. C’est d’ailleurs ce qu’Obama tente de nous rappeler de façon peu subtile quand il décrit cette élection comme le choix entre “le passé et l’avenir”. Il existe même un site Internet baptisé ThingsYoungerThanJohnMcCain.com [TrucsplusjeunesqueJohnMcCain.com], qui cite en exemple le mont Rushmore, le vaccin contre la polio, les cookies aux pépites de chocolat et le stylo à bille. Cela explique également pourquoi l’équipe de campagne de John McCain a décidé de publier son dossier médical complet : quelle meilleure façon de répondre aux questions sur l’âge du candidat qu’en dissipant les craintes liées à son état de santé ?

Mais l’évaluation des risques de mortalité est un jeu complexe. La mère d’Obama est morte d’un cancer à l’âge de 53 ans. Devons-nous en tenir compte quand nous nous demandons lequel des deux candidats est “le plus en forme” ? Devrions-nous exiger d’eux qu’ils se soumettent à des tests génétiques afin de mieux calculer leurs risques dans le domaine de la santé ?

Le sens réel de cette différence d’âge ne tient pas à la santé, mais à la vision du monde, à l’idéologie et à la façon qu’ont les deux candidats de ­percevoir les menaces auxquelles les Etats-Unis sont confrontés et le monde dans lequel nous vivons. Un candidat comme McCain, né dans les dernières années de la Grande Dépression et peu avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale, n’a pas les mêmes références qu’un candidat né, comme Obama, en 1961, l’année où le président Kennedy a pris ses fonctions et où Bob Dylan est arrivé à New York. Et cette réalité devrait faire l’objet d’un débat public.

Mais, pour commencer, une brève mise en garde. L’âge et le contexte politique ne sont pas les seuls facteurs qui décident de l’orientation politique d’un individu. Pas plus que la race, le sexe, la classe, les expériences personnelles, les amis, l’époux ou l’épouse, l’Etat dont on est originaire, et tous les autres éléments qui participent au développement d’une personne. Cette campagne n’a pas manqué de discussions portant sur la plupart de ces caractéristiques. La richesse de John Edwards, le sexe de Hillary Clinton, la race d’Obama et les conjoints de chacun ont été des questions largement abordées, comme il convient, d’ailleurs. Mais il ne faut pas ignorer pour autant l’impact générationnel.
Obama n’avait que 14 ans à la fin de la guerre du Vietnam
 
McCain a atteint l’âge adulte alors que l’exultation née de notre triomphe sur les pays de l’Axe basculait dans l’angoisse omniprésente de l’ère nucléaire et de la compétition entre les deux superpuissances. Quand il dit, comme il le fait souvent, que “le défi transcendant du XXIe siècle est celui des extrémistes islamiques radicaux”, c’est dans ce contexte qu’il faut le comprendre : l’Axe a vraiment cherché à dominer le monde. L’arsenal nucléaire soviétique aurait pu annihiler l’Amérique. McCain, comme d’autres membres de sa génération, est un homme habitué aux défis transcendantaux incarnés par des Etats, seuls acteurs traditionnellement capables de représenter une menace sérieuse.

Il a donc tendance à exagérer le rôle des Etats dans le terrorisme. En février 2003, il a déclaré au Centre d’études stratégiques et internationales : “Les liens entre l’Irak et Al-Qaida font actuellement l’objet de débats acharnés. La piste des terroristes est par définition difficile à remonter. Saddam le sait.” Selon McCain, l’absence même de lien significatif entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden devenait la preuve de leur collaboration. De même, on lui a souvent reproché d’avoir affirmé à plusieurs reprises, et à tort, que l’Iran abritait et entraînait des membres d’Al-Qaida. Or, c’est une erreur révélatrice. Dans les deux cas, McCain s’est démené pour relier la menace d’une nébuleuse terroriste aux contours flous à des Etats ­traditionnels. En quête du danger transcendant, il est passé à côté de la menace ­diffuse.

Obama, en revanche, a passé les tumultueuses années 1960 à regarder des dessins animés. Il avait 14 ans à la fin de la guerre du Vietnam. Le temps qu’il sorte de la faculté de droit, à l’âge de 29 ans, l’Union soviétique s’était effondrée. D’où sa confusion apparente quand il se retrouve embarqué dans les guerres culturelles des années 1960. Ainsi, pendant la campagne, il a payé le prix de son association avec Bill Ayers, ancien membre des Weathermen [groupuscule d’extrême gauche du début des années 1970], aujourd’hui professeur à l’université de Chicago et activiste vieillissant. Interrogé sur ce lien lors d’un débat en avril dernier, Obama a rétorqué : “Le fait que je connaisse quelqu’un qui a commis des actes répréhensibles il y a quarante ans, quand j’avais 8 ans, pourrait avoir une influence sur mes valeurs ? C’est une idée qui n’a guère de sens.”

Pour Obama, ces querelles sont absurdes, et, s’il a présenté sa candidature, c’est en partie parce qu’il supposait qu’elles appartenaient au passé. Dans son livre L’Audace d’esprer*, il écrit : “Face aux échanges entre Bill Clinton et Newt Gingrich, et lors des élections de 2000 et de 2004, j’ai parfois eu le sentiment d’assister au psychodrame de la génération du baby-boom, une histoire enracinée dans de vieilles haines, de vieilles vengeances complotées sur une poignée de campus universitaires il y a des années, et qui se jouait sur la scène nationale.”

Ce ne sont là que deux exemples parmi beaucoup d’autres. Dans la campagne actuelle, l’âge des candidats a une importance certaine, mais d’un point de vue philosophique et politique, non pour des questions de taux de lipides et de tests cardiovasculaires. La question est bien sûr de savoir laquelle des visions de l’Amérique avancées par chacun des candidats correspondra à une majorité d’électeurs. Car au bout du compte, si l’âge des candidats importe, ce n’est pas lui qui emportera la décision. C’est plutôt l’âge de l’électorat. 
 
Ezra Klein
Los Angeles Times

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