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23.06.2008

RUSSIE , Chasser la Chine en Afrique


Kester Kenn Klomegah

 
http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=4118<...

MOSCOU, 21 juin (IPS) - Un programme d'aide au développement de 500 millions de dollars pour l'Afrique marque une nouvelle démarche de la Russie pour rattraper l'expansion de la Chine en Afrique.

''Pendant la Guerre froide, les Etats-Unis et l'URSS (Union des Républiques socialistes soviétiques) rivalisaient pour gagner de l'influence en Afrique en donnant de l'aide au développement aux clients sympathiques du point de vue idéologique. Lorsque l'Union soviétique et son économie se sont effondrées en 1991, cette rivalité est venue à son terme'', a déclaré à IPS, Tom Wheeler, chargé de recherche à l'Institut sud-africain des affaires internationales, depuis Braamfontein, en Afrique du Sud.

''En tant que productrice de minéraux, de pétrole et de gaz, la Russie voit un moyen de renforcer son rôle dans un monde multipolaire en investissant dans les ressources minières de l'Afrique. Actuellement, la Russie cherche à réaliser en Afrique, à travers le capitalisme, ce que l'Union soviétique n'a pas pu réaliser à travers le communisme''.

La Russie devra rivaliser avec l'Europe, les Etats-Unis, l'Inde, la Chine, le Japon et la Corée du Sud pour obtenir les ressources de l'Afrique. Il reste à savoir à quelle distance ces nouveaux pas amèneront la Russie, en particulier, étant donné les avancées rapides de la Chine.

La Russie et la Chine ont des intérêts géopolitiques inconciliables en Afrique. La Russie est riche en ressources, tandis que la Chine est relativement pauvre en ressources. ''Mais tous les deux pays ont un agenda économique expansionniste et beaucoup de liquidités pour investir dans l'économie de l'Afrique'', a expliqué à IPS, Bright Simons, directeur du développement à IMANI, un groupe de réflexion basé dans la capitale ghanéenne, Accra. Le Centre IMANI pour les études de politiques est une organisation à but non lucratif chargée d'éduquer le public sur les questions de politiques concernant les affaires, la gouvernance et la société civile.

''Mais, l'influence de la Russie en Afrique n'est pas encore réellement prononcée après la Guerre froide'', a affirmé Simons. ''Les Etats africains pro-russes ne sont pas nombreux. Pis encore, le commerce de la Russie avec l'Afrique est insignifiant, ce qui rend son poids économique presque négligeable''.

Des pays africains pourraient ne pas être trop enthousiastes par rapport à l'alignement avec la Russie après que trois des concurrents de la Russie dans le 'BRIC framework' (Brésil, Inde, Chine et Russie) ont organisé des sommets de haut niveau avec l'Afrique en tant que bloc continental (très récemment, l'Inde), a dit Simons.

''Mais si la Russie veut agrandir la portée de son engagement avec l'Afrique, elle devra accorder une attention plus particulière à rehausser et à marquer son image en Afrique'', a déclaré Simons, qui a fait des recherches sur la coopération économique sino-africaine pendant plusieurs années.

La Russie avance à grands pas dans cette direction. S'adressant à un grand regroupement de la communauté africaine la semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a dit que les entreprises russes sont en train de développer leurs activités sur le continent, et que les investissements russes en Afrique sont en train d'augmenter.

''Un développement économique et social soutenu est en grande partie déterminé par le niveau de stabilité de la région. Nous saluons les efforts des Etats africains pour régler et prévenir des conflits. Pour notre part, nous sommes intéressés par le développement de la coopération, particulièrement dans la création d'un potentiel africain anti-crise'', a indiqué Lavrov.

Mikhail Afanasiev, ambassadeur de Russie en Ethiopie, qui a annoncé le programme d'aide au développement de 500 millions de dollars, a expliqué que la politique de son pays dans l'aide au développement internationale est d'abord de lutter contre la faim, la pauvreté, les maladies infectieuses dont le VIH/SIDA, et de s'attaquer à d'autres problèmes relatifs au développement sur le continent.

Il a refusé de mentionner des domaines spécifiques, ni les pays qui bénéficieront directement de cette assistance.

''L'aide aux pays africains sera accordée conformément aux recommandations des organisations de l'ONU, notamment la Commission économique pour l'Afrique (CEA), des organisations financières internationales, de même que sur des requêtes individuelles des pays africains eux-mêmes -- sans aucune condition politique'', a indiqué Afanasiev à IPS depuis la capitale éthiopienne, Addis-Abeba.

''Les activités de la Russie dans le cadre de l'aide internationale au développement ne sont synonymes de rivalité avec aucun pays, notamment la Chine, et sont dictées par la nécessité d'aider à instaurer un ordre mondial démocratique, basé sur les principes d'égalité et de partenariat, de même que par des obligations assumées dans le cadre du Groupe des huit (G8, les huit pays les plus industrialisés)''.

Mais l'influence est longtemps intervenue dans les affaires d'aide. Avant la dissolution de l'Union soviétique, plusieurs pays africains étaient officiellement considérés comme ''orientés vers le socialisme'' -- Algérie, Libye, Zimbabwe, Guinée-Bissau, Ethiopie, Madagascar, Bénin, Congo (Brazzaville), Angola, Mozambique, Tanzanie, Mali, Zambie et Cap-Vert. Par ailleurs, le Soudan, le Ghana, la Somalie et la Guinée étaient également considérés avant comme des pays socialistes.

Mais cela ne fait pas d'eux maintenant des 'pro-russes'.

''Quelques pays africains manifestent un certain intérêt simplement parce qu'ils veulent renforcer les liens économiques avec la Russie en leur faveur'', a déclaré à IPS, Dmitri Bondarenko, directeur adjoint de l'Institut des études africaines sous l'Académie des sciences de Russie. ''Bien qu'il existe des perspectives claires pour la coopération économique entre la Russie et les pays africains, les progrès sont très lents''. (FIN/2008)

17.06.2008

Tchad : violents combats autour de Biltine

L'armée a intercepté les factions rebelles tchadiennes, opposées au président Deby, qui ont pris Biltine, poursuivant leur route vers leur objectif, la capitale N'Djamena.
Patrouille de militaires irlandais de l'Eufor près de la ville de Goz-Beïda, au Tchad, le 13 juin 2008 (Reuters).

Patrouille de militaires irlandais de l'Eufor près de la ville de Goz-Beïda, au Tchad, le 13 juin 2008 (Reuters).

De "violents combats" opposaient lundi 16 juin dans après-midi l'armée tchadienne aux rebelles, opposés au président Idriss Deby, "non loin" de Biltine (est) que les rebelles avaient pris dans la matinée, a appris l'AFP auprès d'un officiel de haut rang tchadien. "Des violents combats ont lieu non loin de Biltine. Quand les rebelles sont sortis de Biltine, ils ont été interceptés par l'armée", a affirmé cette source à l'AFP.

De source militaire, l'armée tente "de prendre en étau" la colonne rebelle "qui fait des ronds dans l'est". "Les rebelles tentent de nous attirer pour qu'on dégarnisse certains points mais l'armée a renforcé tous les coins stratégiques", a ajouté cette source.

De même source, les rebelles ont été bombardés "à plusieurs reprises" lundi et ont "abandonné 17 véhicules dans la région du Batha (à l'ouest d'Abéché) où ils avaient passé la nuit".

"Pas de résistance"

De source militaire française, l'armée tchadienne a concentré près de la moitié de ses troupes dans divers points stratégiques de l'est du pays. Biltine est située à une centaine de kilomètres au nord d'Abéché, la plus importante ville de la région (700 km à l'est de N'Djamena).

Les rebelles ont lancé leur offensive mercredi dans l'est du pays, se rapprochant peu à peu de leur objectif final, la capitale N'Djamena.

"Biltine est entre nos mains depuis quelques minutes, il n'y a pas eu de résistance. Les armées tchadiennes ne nous attendaient pas", a indiqué Ali Gueddei, porte-parole de l'Alliance nationale - regroupant les diverses factions rebelles -, joint par téléphone depuis N'Djamena par l'AFP.

"La stratégie n'est pas de garder la ville", a souligné le porte-parole.

Echanges de tirs

"Mongo (ville du centre du pays à 400 km à l'est de N'Djamena) va tomber dans quelques heures, vous verrez", a prédit Ali Gueddei.

Dimanche, la rébellion s'était emparée de Am-Dam, situé à 200 km à l'est de Mongo.

Les factions rebelles tchadiennes, avaient pris dimanche, la ville d'Am-Dam.

La veille, les rebelles s'étaient emparés de la localité de Goz-Beïda, à l'est du pays. La ville avaient été le théâtre d'un échange de tirs : des soldats irlandais de l'Eufor, la force européenne déployée dans l'est du Tchad, avaient essuyé des coups de feu, tandis qu'ils surveillaient les combats entre l'armée tchadienne et des rebelles.Les soldats avaient répliqué en procédant à des tirs de sommation.

"Il n'y pas eu de victimes dans les rangs irlandais et tous nos véhicules sont opérationnels", a ajouté Gavin Young, précisant que l'origine des tirs était indéterminé.

"Notre objectif : N'Djamena"

A Am-Dam, à 110 km au nord-ouest de Goz-Beïda, les troupes gouvernementales n'ont apparemment pas offert une grande résistance aux rebelles, qui ont pu investir la ville dès la mi-journée.

"Notre objectif n'est pas de prendre des villes mais d'ôter les obstacles sur la route de N'Djamena. Nous n'allons pas rester. Notre objectif est N'Djamena", a affirmé Ali Gueddei, porte-parole de l'Alliance nationale, affirmant qu'il ne pouvait fournir de bilan sur les combats.

"Nous sommes suffisamment pour prendre N'Djamena", a-t-il ajouté.

Un peu plus tôt, le chef de l'Alliance Nationale regroupant les diverses factions rebelles, le général Nouri, qui avait mené l'offensive sur la capitale en février, avait affirmé que les rebelles étaient dispersés en plusieurs groupes et étaient en mouvement, rappelant, lui aussi, que "l'objectif final était N'Djamena".

Pas de réaction officielle

Selon des sources militaires, des groupes rebelles seraient partis en direction de l'est du pays et de la frontière soudanaise. Il n'y aurait pas eu de combats dimanche matin.

L'armée tchadienne, n'a, pour sa part, pas encore réagi officiellement à l'annonce de la rébellion.

En février dernier, les rebelles tchadiens avaient déjà atteint, à la surprise générale, N'Djamena. Ils avaient encerclé le palais présidentiel et étaient tout près de renverser le régime d'Idriss Deby Itno.

"L'objectif des rebelles était de faire du désordre et de la publicité. Cette guerre n'est pas une guerre de position mais une guerre de mouvement", avait estimé samedi Mahamat Hissène, le ministre de la Communication tchadien, suite à l'occupation de Goz-Beïda.

Les personnels humanitaires de la ville, dont une partie ont passé la nuit dans le camp de l'Eufor, envisagent de reprendre leurs activités dans cette zone où vivent quelque 80.000 déplacés tchadiens et 36.000 réfugiés du Darfour.

Pillages

"Aujourd'hui, on a l'impression que la ville est redevenue suffisamment calme pour que l'on puisse retourner y travailler", a déclaré Serge Malé représentant du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Tchad, joint au téléphone à N'Djamena depuis Libreville.

Les organisations non gouvernementales (ONG) allemandes et italiennes ont été, en particulier, la cible de nombreux pillages. Les autorités parlent de véhicules volés et d'un garage brûlé. Des entrepôts ont aussi été pillés. Il est difficile de savoir s'il s'agit de l'œuvre des rebelles ou d'autres personnes, ayant profité de la pagaille régnant dans la ville.

"On ne contrôle pas toujours nos militaires. Ils n'ont pas de salaires (...) A Goz Beida on n'avait pas de raison de piller. On est approvisionné pour un mois, on a un sac de farine et un de viande séchée par véhicule, c'est suffisant. On a suffisamment pour ne pas piller", s'est défendu Abderaman Koulamallah, un chef rebelle. (avec AFP)

08.06.2008

Etats Unis- Obama le jeune et McCain l'ancien

 
Courrier international - n° 918 - 5 juin 2008


http://www.courrierint.com/article.asp?obj_id=86273#
 
L’un n’a que 46 ans, l’autre en a déjà 71. Une différence d’âge et de génération qui explique en grande partie leurs visions divergentes du monde et de la politique.
 
La différence d’âge entre Barack Obama et John McCain est la plus importante de toute l’Histoire entre deux candidats à la présidentielle. Si Obama est élu, il comptera, à 47 ans, parmi les plus jeunes présidents des Etats-Unis. Si McCain l’emporte, à 72 ans, il sera le plus vieux à entrer à la Maison-Blanche.

Beaucoup considèrent que cet écart de vingt-cinq ans entre les deux hommes est la principale vulnérabilité de McCain. C’est d’ailleurs ce qu’Obama tente de nous rappeler de façon peu subtile quand il décrit cette élection comme le choix entre “le passé et l’avenir”. Il existe même un site Internet baptisé ThingsYoungerThanJohnMcCain.com [TrucsplusjeunesqueJohnMcCain.com], qui cite en exemple le mont Rushmore, le vaccin contre la polio, les cookies aux pépites de chocolat et le stylo à bille. Cela explique également pourquoi l’équipe de campagne de John McCain a décidé de publier son dossier médical complet : quelle meilleure façon de répondre aux questions sur l’âge du candidat qu’en dissipant les craintes liées à son état de santé ?

Mais l’évaluation des risques de mortalité est un jeu complexe. La mère d’Obama est morte d’un cancer à l’âge de 53 ans. Devons-nous en tenir compte quand nous nous demandons lequel des deux candidats est “le plus en forme” ? Devrions-nous exiger d’eux qu’ils se soumettent à des tests génétiques afin de mieux calculer leurs risques dans le domaine de la santé ?

Le sens réel de cette différence d’âge ne tient pas à la santé, mais à la vision du monde, à l’idéologie et à la façon qu’ont les deux candidats de ­percevoir les menaces auxquelles les Etats-Unis sont confrontés et le monde dans lequel nous vivons. Un candidat comme McCain, né dans les dernières années de la Grande Dépression et peu avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale, n’a pas les mêmes références qu’un candidat né, comme Obama, en 1961, l’année où le président Kennedy a pris ses fonctions et où Bob Dylan est arrivé à New York. Et cette réalité devrait faire l’objet d’un débat public.

Mais, pour commencer, une brève mise en garde. L’âge et le contexte politique ne sont pas les seuls facteurs qui décident de l’orientation politique d’un individu. Pas plus que la race, le sexe, la classe, les expériences personnelles, les amis, l’époux ou l’épouse, l’Etat dont on est originaire, et tous les autres éléments qui participent au développement d’une personne. Cette campagne n’a pas manqué de discussions portant sur la plupart de ces caractéristiques. La richesse de John Edwards, le sexe de Hillary Clinton, la race d’Obama et les conjoints de chacun ont été des questions largement abordées, comme il convient, d’ailleurs. Mais il ne faut pas ignorer pour autant l’impact générationnel.
Obama n’avait que 14 ans à la fin de la guerre du Vietnam
 
McCain a atteint l’âge adulte alors que l’exultation née de notre triomphe sur les pays de l’Axe basculait dans l’angoisse omniprésente de l’ère nucléaire et de la compétition entre les deux superpuissances. Quand il dit, comme il le fait souvent, que “le défi transcendant du XXIe siècle est celui des extrémistes islamiques radicaux”, c’est dans ce contexte qu’il faut le comprendre : l’Axe a vraiment cherché à dominer le monde. L’arsenal nucléaire soviétique aurait pu annihiler l’Amérique. McCain, comme d’autres membres de sa génération, est un homme habitué aux défis transcendantaux incarnés par des Etats, seuls acteurs traditionnellement capables de représenter une menace sérieuse.

Il a donc tendance à exagérer le rôle des Etats dans le terrorisme. En février 2003, il a déclaré au Centre d’études stratégiques et internationales : “Les liens entre l’Irak et Al-Qaida font actuellement l’objet de débats acharnés. La piste des terroristes est par définition difficile à remonter. Saddam le sait.” Selon McCain, l’absence même de lien significatif entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden devenait la preuve de leur collaboration. De même, on lui a souvent reproché d’avoir affirmé à plusieurs reprises, et à tort, que l’Iran abritait et entraînait des membres d’Al-Qaida. Or, c’est une erreur révélatrice. Dans les deux cas, McCain s’est démené pour relier la menace d’une nébuleuse terroriste aux contours flous à des Etats ­traditionnels. En quête du danger transcendant, il est passé à côté de la menace ­diffuse.

Obama, en revanche, a passé les tumultueuses années 1960 à regarder des dessins animés. Il avait 14 ans à la fin de la guerre du Vietnam. Le temps qu’il sorte de la faculté de droit, à l’âge de 29 ans, l’Union soviétique s’était effondrée. D’où sa confusion apparente quand il se retrouve embarqué dans les guerres culturelles des années 1960. Ainsi, pendant la campagne, il a payé le prix de son association avec Bill Ayers, ancien membre des Weathermen [groupuscule d’extrême gauche du début des années 1970], aujourd’hui professeur à l’université de Chicago et activiste vieillissant. Interrogé sur ce lien lors d’un débat en avril dernier, Obama a rétorqué : “Le fait que je connaisse quelqu’un qui a commis des actes répréhensibles il y a quarante ans, quand j’avais 8 ans, pourrait avoir une influence sur mes valeurs ? C’est une idée qui n’a guère de sens.”

Pour Obama, ces querelles sont absurdes, et, s’il a présenté sa candidature, c’est en partie parce qu’il supposait qu’elles appartenaient au passé. Dans son livre L’Audace d’esprer*, il écrit : “Face aux échanges entre Bill Clinton et Newt Gingrich, et lors des élections de 2000 et de 2004, j’ai parfois eu le sentiment d’assister au psychodrame de la génération du baby-boom, une histoire enracinée dans de vieilles haines, de vieilles vengeances complotées sur une poignée de campus universitaires il y a des années, et qui se jouait sur la scène nationale.”

Ce ne sont là que deux exemples parmi beaucoup d’autres. Dans la campagne actuelle, l’âge des candidats a une importance certaine, mais d’un point de vue philosophique et politique, non pour des questions de taux de lipides et de tests cardiovasculaires. La question est bien sûr de savoir laquelle des visions de l’Amérique avancées par chacun des candidats correspondra à une majorité d’électeurs. Car au bout du compte, si l’âge des candidats importe, ce n’est pas lui qui emportera la décision. C’est plutôt l’âge de l’électorat. 
 
Ezra Klein
Los Angeles Times

04.06.2008

Obama premier noir à pouvoir prétendre à la Maison Blanche, Clinton résiste

Barack Obama, le 3 juin 2008 à St. Paul dans le Minnesota
Barack Obama a remporté mardi l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine de novembre, devenant ainsi le premier noir à avoir une chance de gagner la Maison Blanche, mais Hillary Clinton tarde à reconnaître sa défaite.

"Cette nuit, après 54 difficiles consultations, notre saison de primaires arrive à son terme (...) Cette nuit, je peux dire devant vous que je serai le candidat démocrate pour la présidence des Etats-Unis", a affirmé le sénateur de l'Illinois devant devant près de 40.000 partisans en délire rassemblés dans le palais des expositions de Saint Paul (Minnesota, nord).

"La route sera longue. Je fais face à ce défi avec une grande humilité et en connaissant mes propres limites. Mais je fais aussi face à ce défi avec une foi sans limite dans les capacités du peuple américain", a ajouté M. Obama.

Rendant un hommage appuyé à Mme Clinton, il a assuré que le parti démocrate serait uni en novembre. "La sénatrice Clinton a fait l'histoire dans cette campagne", a-t-il dit sous les applaudissements.

L'essentiel de son discours a été consacré à une attaque contre son adversaire républicain John McCain qu'il a accusé de vouloir poursuivre la politique de George W. Bush. "Il est temps de tourner la page des politiques du passé", a-t-il dit.

Ricardo Johnson II, 42 ans, sa femme et leur quatre enfants avaient attendu près de 4 heures pour écouter M. Obama. Pour cette famille afro-américaine, être présent "veut tout dire", déclare le père à l'AFP.

"Avoir mes enfants ici et regarder cet homme qui parle, qui pense, qui conduit cette nation et l'avenir de mes enfants dans une nouvelle direction, cela veut tout dire", ajoute-t-il les larmes au yeux.

Les rivaux démocrates ont chacun remporté une des deux dernières primaires qui avaient lieu mardi. Mme Clinton a remporté le Dakota du Sud (nord) avec 55% des voix contre 45% à son adversaire et M. Obama le Montana (nord-ouest) avec 56% des votes contre 41%.

Sans attendre le résultat de ces deux consultations M. Obama était assuré d'avoir suffisamment de délégués pour revendiquer l'investiture démocrate.

Mais, à New York, Mme Clinton a refusé de reconnaître immédiatement sa défaite. "Je ne prendrai pas de décision ce soir", a-t-elle dit devant ses partisans réunis au Baruch College à Manhattan qui chantaient: "n'abandonne pas, n'abandonne pas".

"Je comprends que beaucoup de gens se demandent: que veut Hillary ?", a-t-elle dit avant de répondre qu'elle voulait "ce pourquoi (elle s'est) toujours battue dans cette campagne". "Je veux la fin de la guerre en Irak, je veux que l'économie redémarre, je veux une assurance santé pour tous les Américains", a-t-elle dit.

Très remontés contre M. Obama, de nombreux militants déclarent qu'ils voteront pour le républicain John McCain. D'autres sont plus calmes à l'idée de voir Barack Obama représenter le parti démocrate dans la bataille présidentielle. "Je voterai certainement démocrate, quoi qu'il en soit. Mais j'aimerais qu'ils soient tous les deux dans la course", affirme Jenney Rivard, une opticienne du Connecticut.

Mme Clinton n'est plus en mesure d'inverser l'issue de la course à l'investiture démocrate... sauf si les "super délégués" qui ont majoritairement choisi Barack Obama reviennent sur leur décision.

L'hypothèse que Mme Clinton devienne la candidate à la vice-présidence, au côté de M. Obama, a été évoquée lors d'une conférence téléphonique entre l'ex-Première dame et des parlementaires de New York.

Jamais une course à l'investiture n'avait été aussi longue dans le camp démocrate. M. Obama a présenté sa candidature il y a 16 mois. La première consultation s'est déroulée le 3 janvier. Les démocrates terminent leur course profondément divisés.

Par contraste, John McCain, 71 ans, est assuré d'être le candidat de son parti depuis début mars.

La décision officielle sur le choix du candidat qui affrontera M. McCain le 4 novembre reviendra à la convention démocrate qui se réunira à Denver (Colorado) du 25 au 28 août.

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