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20.07.2008
Hannibal, l'enfant terrible de Kadhafi, arrêté dans une chambre d'hôtel à Genève
Hannibal, l'enfant terrible de Kadhafi, arrêté dans une chambre d'hôtel à Genève
Auteur: Cynthia Gani
http://www.letemps.ch/template/regions.asp?page=7&art...
GENEVE. Le deuxième fils du colonel Kadhafi a passé la nuit de mardi à mercredi aux violons du Palais de justice.
Une affaire très embarrassante, voilà ce qui accapare cette semaine les autorités genevoises, suisses et libyennes. Elles se seraient sans doute bien passées d'une médiatisation du délicat problème, mais voilà: hier, la Radio suisse romande annonçait à la mi-journée qu'un des fils du colonel Kadhafi, Hannibal, a été arrêté mardi par la police genevoise. Celui qui est connu comme l'enfant terrible de la famille a passé la nuit dans les violons du Palais de justice avant d'être entendu par le juge d'instruction Michel-Alexandre Graber. Le silence opposé à toutes les questions du côté des autorités concernées en dit long sur le malaise qui règne.
Maltraitance en cause
Anonyme mais officielle, une source a confirmé au Temps qu'Hannibal Kadhafi, 32 ans, a été arrêté dans le luxueux hôtel Président Wilson, sur les quais de la rive droite du Léman. Sans en dire plus. Il semble qu'il a été embarqué avec deux de ses gardes du corps, qui résistaient aux forces de l'ordre sous les yeux ébahis des badauds.
A-t-il été inculpé? Sous quel chef? Hier, le juge Graber n'était pas joignable, puisqu'il entendait justement Hannibal. Mais l'interpellation du fils de Mouammar Kadhafi serait liée aux mauvais traitements infligés à l'une de ses domestiques, qu'il aurait frappée. Hier, la police judiciaire menait l'enquête à l'hôtel Président Wilson, où la direction est elle aussi aux abonnés absents.
Immunité diplomatique?
Il y une autre inconnue de taille: Hannibal Kadhafi, qui n'en est pas à son premier dérapage, bénéfice-t-il de l'immunité diplomatique? A Genève, la source officielle du Temps assure que non. A Berne, le Département des affaires étrangères ne pipe pas mot. A cette question posée par les journalistes, il renvoie un document sur les questions techniques et les aspects juridiques des privilèges et immunités diplomatiques...
Ce qui est sûr, c'est que le président Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, n'aura aucune peine à faire parvenir à Hannibal, un de ses fils préféré, un passeport diplomatique, assure Hasni Abidi, directeur du Centre d'étude sur le monde arabe et méditerranéen à Genève. Il s'exprimait hier sur les ondes de la RSR.
«Intouchable en Libye»
«Il est intouchable aux yeux de son pays», explique Hasni Abidi. Du coup, lorsque l'affaire est parvenue à ses oreilles, le colonel n'a pas tergiversé: il a fait venir son ambassadeur, et a mis un terme aux congés et vacances de certains diplomates, affirme l'expert. Hier, ni le consulat de Libye à Genève, ni l'ambassade à Berne ne souhaitaient commenter. Mais la tension était déjà palpable.
Pour les autorités fédérales, l'enjeu est clair: il s'agit d'éviter l'incident diplomatique avec Tripoli. Car la Libye constitue le principal fournisseur de pétrole de la Suisse: «On importe 34% de nos ressources énergétiques de la Libye, qui investit par ailleurs dans plusieurs sociétés suisses», précise Hasni Abidi.
Une longue liste d'excès
Hannibal Kadhafi s'est déjà rendu célèbre pour sa propension aux excès. Le deuxième fils du colonel avait fait la une des journaux en 2001 en Italie, lorsqu'il avait provoqué avec ses gardes du corps une bagarre à la sortie d'une boîte de nuit à Rome.
En 2004, à Paris, cet amateur de voitures et de belles filles a joué les Fangio en dévalant l'avenue des Champs-Elysées à 140 km/h et en brûlant plusieurs feux rouges. En 2005, Hannibal Kadhafi a été condamné par un tribunal parisien à quatre mois de prison avec sursis pour avoir battu sa concubine alors enceinte. Et en 2007, il a fait l'objet d'une enquête du parquet de Nice, suite au démantèlement d'un réseau de call-girls. En France, contrairement à Genève, il n'aurait jamais passé une nuit en prison.
Un dénouement incertain
Médecin et militaire de formation, Hannibal Kadhafi tranche avec Seif el-Islam, troisième fils du colonel, très impliqué sur le plan de la politique, qui a joué un rôle dans la libération des infirmières bulgares. Ce dernier a créé la Fondation internationale Kadhafi pour le développement.
Selon l'expert Hasni Abidi, beaucoup de proches du colonel lui conseillent de garder Hannibal auprès de lui, à Tripoli. Mais pour l'heure, personne ne sait quand il rentrera.
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Darfour : "La CPI fait beaucoup de politique et peu de droit"
Plusieurs pays ont fait part de leur inquiétude après la demande, lundi 14 juillet, d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) visant le président soudanais, Omar Al-Bachir. Quelles conséquences cette demande peut-elle avoir sur le terrain ?
Le Darfour est le conflit qui mobilise le plus les opinions publiques occidentales. D'un strict point de vue humanitaire, la crise est contenue. Mais on peut noter une dégradation depuis l'échec des accords d'Abuja en mai 2006. Elle est imputable au gouvernement et à l'autonomisation des milices créées par Khartoum qui volent aujourd'hui de leurs propres ailes. Mais aussi aux divisions qui se sont produites au sein des groupes rebelles. Sur le plan politique, un nouveau médiateur vient d'être nommé. Il se serait sans doute bien passé de cette décision de la CPI pour entamer son mandat...
Mais il y a d'autres problèmes au Soudan. Notamment la mise en œuvre des accords Nord-Sud signés en janvier 2005. Les deux parties en conflit, le gouvernement de Khartoum et le gouvernement au Sud-Soudan, ont actuellement des désaccords importants, mais il y a des progrès sur d'autres dossiers. La demande de mandat d'arrêt du procureur de la CPI, M. Luis Moreno-Ocampo, peut remettre en cause ces avancées qui sont difficiles, mais réelles.
Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, est allé trop loin en s'en prenant à un chef d'Etat en exercice ?
La CPI me semble faire beaucoup de politique et peu de droit. Quand on lit le réquisitoire prononcé par M. Luis Moreno-Ocampo devant le Conseil de sécurité de l'ONU le 5 juin, la description qui est faite de la situation au Darfour est quand même assez hallucinée, et certaines comparaisons sont inacceptables. Dire aujourd'hui qu'il y a un génocide dans les camps de réfugiés, c'est de la rhétorique militante. Quelle que soit la réalité et les sentiments qu'on puisse avoir à l'égard d'Omar Al-Bachir, on ne peut pas le comparer à Hitler. Ce sont des erreurs infondées en termes d'analyse politique ou de terrain. Juridiquement, elles sont au mieux inutiles et au pire scandaleuses.
Ce qui n'enlève rien à la responsabilité de Khartoum : on peut considérer d'un point de vue politique qu'Omar Al-Bachir, en tant que responsable d'un Etat qui a commis de telles atrocités, doit être puni, mais d'un point de vue juridique, c'est très léger. M. Luis Moreno-Ocampo est sans doute très populaire aujourd'hui dans certaines grandes capitales occidentales, y compris à Paris, mais dans les pays du tiers-monde il est perçu comme l'un des outils de l'Occident pour faire valoir son point de vue en prétendant que c'est le point de vue international.
Le Conseil de sécurité de l'ONU peut-il geler la procédure de la CPI ?
Tout d'abord, un panel de juges de la Cour va se pencher sur les preuves fournies par le procureur et décider s'il y a lieu d'émettre un mandat d'arrêt international. Cela va prendre au moins un mois et demi. Ensuite commenceront les choses sérieuses. Il semble qu'une disposition du traité de Rome permette au Conseil de sécurité de l'ONU de geler une procédure en cours.
Mais au-delà du mandat d'arrêt visant Omar Al-Bachir, il y a un problème majeur : si on regarde l'incrimination, on a l'impression que n'importe quel dirigeant politique soudanais peut être demain visé par la CPI. Dans ce cas, ce n'est pas Omar Al-Bachir qui est visé comme personne, c'est un régime, et là on est dans une situation dont le flou juridique est évident. L'appareil d'Etat est incriminé dans son ensemble : comment reconstruire la paix dans ces conditions ? Je crois qu'il faudrait réfléchir un peu et ne pas se laisser aller à des effets de manche politiques qui nuisent à la crédibilité juridique de la cour.
Cette mise en accusation de Khartoum change-t-elle le rapport de force ?
Au Darfour, les rebelles ont l'impression avec cette demande de mandat d'arrêt qu'ils ont gagné une grande bataille : ils vont vouloir en gagner d'autres. Ces groupes vont se dire que c'est le moment ou jamais de modifier en leur faveur le rapport de force militaire.
Cela peut provoquer des représailles de grande ampleur de la part du régime de Khartoum qui peut se dire qu'il n'a plus grand-chose à perdre. Et on repartira dans une escalade militaire comme celle qu'on avait connue il y a deux ans. Ce sera le prix payé par la population du Darfour pour voir la morale universelle s'appliquer dans leur pays.
La Chine, les Etats-Unis et l'ONU ont fait part de leur vive inquiétude...
Les Nations unies ont peur pour leurs personnels sur le terrain. La Chine, elle, constate, qu'il est évidemment très désagréable de voir son nom associé à un génocide, d'autant plus à quelques semaines du début des Jeux olympiques.
Les Américains, eux, n'ont jamais été très enthousiastes vis-à-vis de la CPI, dont ils n'ont pas voté la création. L'administration Bush a beaucoup œuvré contre cette juridication et s'était même abstenue, avec la Chine, lors du vote [au conseil de sécurité de l'ONU] de la résolution permettant la saisie de la CPI sur le Darfour. Dans leur idée, il s'agissait simplement d'envoyer un message fort à Khartoum pour obtenir une résolution rapide du conflit. Jamais ils n'avaient imaginé que la CPI irait aussi loin.
Un deuxième aspect, particulièrement important pour les Américains, concerne la lutte contre le terrorisme. On sait depuis septembre 2001, que le gouvernement soudanais a œuvré de façon concertée avec Washington sur cette question. Au point d'ailleurs que l'interlocuteur principal des Américains, le chef des services de sécurité, maître d'œuvre de la politique du régime soudanais au Darfour, a été invité à Langley, au siège de la CIA. On peut se poser la question suivante : dans quelle mesure le gouvernement soudanais va-t-il estimer devoir poursuivre sa coopération avec les Etats-Unis ?
Ordre du jour
Rapports du Secrétaire général sur le Soudan
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15.07.2008
Ban Ki-moon préoccupé par l'insécurité au Tchad
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10 juillet 2008 –Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, se dit « profondément préoccupé » par l'insécurité qui continue de régner au Tchad dans un rapport remis jeudi au Conseil de sécurité et rappelle que seul un véritable dialogue politique entre le gouvernement tchadien et les groupes d'opposition peut régler durablement le conflit dans ce pays.« Je suis profondément préoccupé par les incursions répétées auxquelles se livrent les rebelles au Tchad et par l'insécurité qui continue de régner dans le pays », dit-il dans ce rapport. « La précarité des conditions de sécurité a empêché l'acheminement de l'aide humanitaire, en particulier depuis l'assassinat du directeur de l'organisation Save the Children, survenu le 1er mai. Je condamne une nouvelle fois cet acte criminel et exhorte toutes les parties à accorder aux humanitaires un accès sans restriction à l'est du Tchad », ajoute-t-il.Selon le Secrétaire général, « seul un véritable dialogue politique entre le gouvernement tchadien et les groupes d'opposition armés et non armés, associé au rétablissement des relations entre Khartoum et N'Djamena, peut régler durablement le conflit au Tchad ». Les efforts visant à favoriser le dialogue politique ont donné des résultats mitigés au cours des derniers mois. « Si le dialogue entre le gouvernement et les partis politiques a bien été relancé dans le cadre de l'accord du 13 août 2007, aucun progrès n'a été accompli dans l'ouverture d'un tel dialogue avec les groupes d'opposition armés tchadiens », relève-t-il.Il exhorte également les gouvernements tchadien et soudanais à appliquer pleinement l'accord de Dakar du 13 mars et à prendre des mesures aux fins de la normalisation de leurs relations.Ban Ki-moon, qui se félicite du degré de coopération entre le gouvernement tchadien, la Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) et la Force de l'Union européenne (EUFOR Tchad/République centrafricaine), juge primordial que le gouvernement tchadien achève sans tarder la mise en place du cadre juridique nécessaire aux fins du déploiement du Détachement intégré de sécurité (DIS).Selon lui, la formation dispensée par la MINURCAT aux formateurs et au commandement du DIS est un bon départ sur la voie du renforcement des capacités du DIS en matière de maintien de l'ordre dans les camps de réfugiés et dans les zones où s'installent les personnes déplacées. Mais, « la Mission, le gouvernement et l'EUFOR devraient désormais redoubler d'efforts pour rattraper le retard pris dans la phase suivante de la formation de l'élément principal du DIS », ajoute-t-il. |
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13.07.2008
Réflexion de Saleh Kebzabo, député, leader de l’UNDR, sur le régime d’Idriss Déby

http://www.tchadforum.com/node/7038
Le Tchad vit un cauchemar caractérisé par un pouvoir sans partage sous la férule implacable et impitoyable d’un homme, seul, qui a passé son temps à ruser, à mentir et à tromper tout le monde, à faire croire aux uns qu’il est des leurs contre les autres, à diviser quotidiennement ses compatriotes pour mieux les asservir, à diviser ses propres parents pour les opposer et être le seul recours. Cette pratique a également prévalu face aux partenaires du Tchad avec qui il a usé du charme ou du bluff, avec réussite, jusqu’à ce qu’ils ont constaté qu’ils tournaient en rond avec lui. Les pays voisins ont subi les mêmes approches, les plus nantis d’entre eux l’ont soutenu à bouts de bras, financièrement et diplomatiquement, avant de se rendre compte des limites de l’homme.
Idriss Déby, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un monstre froid, sorti du néant pour être propulsé aux avant-postes et jouer un rôle pour lequel il n’était jamais préparé et dans lequel il s’est installé pour jouer cette partition sans jamais varier, et rebondir dans les situations les plus difficiles, avec cette baraka qui caractérise les hommes qui croisent un grand destin qu’ils n’incarnent jamais. Quel bilan peut-on faire de sa gestion? Les qualificatifs ne manquent pas : calamiteuse, désastreuse, aventureuse, minable, catastrophique, personnelle, clanique …A-t-on encore besoin d’en rajouter, tellement il est patent ? Pour bien comprendre cet échec, il est important de remonter aux sources de ce pouvoir, du MPS et de ses dirigeants.
Le 1er avril 1989, c’est avec surprise et presque dans l’indifférence que les Tchadiens ont appris le départ en rébellion de quelques pontes du régime de Hissein Habré, appartenant exclusivement à l’ethnie zaghawa. S’il est vrai qu’à l’époque le tribalisme était l’une des marques du régime, le mot " zaghawa " n’évoquait rien dans le souvenir des Tchadiens. Minoritaires, ils vivaient en parfaite harmonie avec les autres Tchadiens. En puisant dans leurs souvenirs, ces derniers se rappelleront que M. Abbo Nassour, figure marquante des zaghawas, fut pendant longtemps le numéro deux du pouvoir de N’garta Tombalbaye, d’abord comme ministre de l’intérieur, puis comme président de l’Assemblée nationale. Ainsi que le sultan Abdéramane Haggar d’Iriba qui régnait sur la tribu et suscitait du respect. Sans plus.
C’est donc avec stupéfaction qu’ils vont faire la découverte de ces nouveaux compatriotes venus du Soudan qui s’illustrent par leur barbarie sanguinaire et leur tribalisme excessif. Et avec qui ils vont devoir cohabiter une quinzaine d’années, et peut-être plus…
Les dissidents de Hissein Habré n’étaient pas des inconnus de la scène politique : Hassan Djamous, Ibrahim Itno, Idriss et Daoussa Déby et quelques autres. Des motifs de cette séparation avec le " boss ", seuls quelques initiés en étaient informés, car aucun signe de crise n’était perceptible dans le système fermé de Habré. Ils étaient tous de très hauts responsables dans le gouvernement, l’administration et l’armée, ainsi que dans le monde des affaires. Le premier, le plus connu par ses faits d’armes dans le maquis des FAN, a été de tous les gouvernements depuis 1982, et chef d’état major général des armées au moment de son départ. Le second, par ailleurs frère du troisième, était le tout puissant ministre de l’intérieur.
Idriss Déby, enfin, a un parcours tumultueux. De son passé, on ne connaît pas grand-chose. Il est généralement admis qu’après l’école de pilote de l’air en France, son retour au Tchad coïncide avec les évènements de 1979 et il rallie naturellement les FAN de Hissein Habré. Le jeune homme brillait plutôt par sa timidité et sa retenue et n’a pas laissé de souvenir de grand baroudeur. Pour des raisons d’équilibre –déjà- il sera pourtant promu chef d’état major- adjoint des FAN aux côtés de Gouara Lassou, militaire de carrière et l’un des auteurs du coup d’état de 1975 qui, lui, était politiquement plus accompli et en a convaincu plus d’un par sa témérité au combat, au point d’être plébiscité à ce poste par les combattants!
Dès la prise du pouvoir en 1982, Déby va connaître une ascension fulgurante : commissaire aux armées et à la sécurité du parti-Etat et, surtout, " comchef " des FANT. C’est à ce poste qu’il va s’illustrer et marquer la mémoire des sudistes qui l’ont subi de la manière la plus tragique qui soit. Les milliers de familles endeuillées dans la répression aveugle et sanglante de 1984 qui a généré " septembre noir ", c’est lui ; la liquidation de centaines de cadres sudistes, c’est encore lui, jusqu’à la pacification totale du sud. Ces années noires lui colleront à jamais à la peau et il en éprouvera un complexe qui va marquer ses relations avec les sudistes.
Habré, pour des raisons inconnues, choisit de s’en écarter et l’envoie se former à la prestigieuse Ecole de guerre de Paris qui lui aurait permis de nouer de précieuses relations avec les officiers français. A son retour, il devait se contenter du titre sans pouvoir ni prestige de conseiller à la sécurité du Président de la République. Dès lors, c’est la descente aux enfers et il n’est pas exclu que l’idée d’un complot prenne corps à ce moment-là.
Au pouvoir, dans sa tentative de réécrire l’Histoire et son histoire, Déby dira que c’est le mépris de Habré pour les autres qui était l’une des causes de sa chute. Il faut croire qu’il a la mémoire courte, comme la suite nous le montrera. Le constat sous le régime de Habré est que dans le judicieux partage du pouvoir, la part belle revenait assurément aux Zaghawas. A priori, rien ne pouvait donc justifier ce divorce qui va pourtant s’amplifier très rapidement pour fragiliser le pouvoir UNIR et l’emporter en moins de deux ans. Les spectateurs du stade Idriss Ouya se rappellent que la cérémonie d’ouverture de la semaine nationale de la jeunesse était tendue et grouillait de rumeurs diverses. Le départ rocambolesque de Djamous et des autres dans la soirée sera confirmé par une opinion n’djaménoise très prompte à faire des recoupements. C’est le nom de Djamous qui alimentera le plus les conversations car c’est lui qui a la réputation de bravoure et de grand guerrier. Le successeur de Déby à la tête des FANT a dirigé les grandes batailles du nord et défait les Libyens. Aussi, lorsqu’on apprendra sa capture et son assassinat après seulement quelques jours d’escapade, ce sera comme un coup d’arrêt de cette rébellion naissante. Hissein Habré et l’UNIR, pensait-on, pouvaient donc retrouver le sommeil, car le mouvement était décapité.
Avant cette tentative, le Tchad présentait le visage d’un pays entièrement calme et pacifié. Au nord, la situation était sous le contrôle total du gouvernement; le centre était déjà sécurisé, les rebelles hadjaraï du Mosanat ayant choisi la rébellion à l’extérieur; au sud, tous les chefs militaires et politiques, par le truchement des accords, ont rejoint le bercail, en dehors de quelques officiers de l’ANT qui ont préféré l’exil ; c’est le cas de Djibrine Dassert et de Nadjita Béassoumal qui signeront avec les autres l’acte de naissance du MPS à Bamina. Pour être complet, il faut citer les Arabes, avec Ahmed Soubiane et Rakhis Mannany, notamment, qui ne sont pas arrivés à combler le vide laissé par le charismatique Ahmat Acyl, décédé accidentellement au sud en 1983( ?), mais apporteront une caution précieuse au mouvement.
Le MPS, hétéroclite dès sa naissance, va être géré dans cette ambiguïté par les Zaghawas, plus nombreux et déterminés. Ou plus exactement par Idriss Déby qui ne tardera pas à marginaliser ses " compagnons ", une fois le pouvoir conquis. Nous y reviendrons.
Depuis l’entrée en rébellion des Zaghawas en 1989, des témoins racontent qu’ils s’étaient singularisés au maquis en formant un bloc hermétique donc les activités étaient à la limite du fractionnisme. Sans remettre ouvertement en cause le leadership de Hissein Habré, ils étaient " ailleurs " le plus souvent et il se dit qu’à l’époque, ils avaient créé un réseau clandestin de caches d’armes dans les grottes de l’est. Dans les années 1988/1989, les rumeurs avaient circulé sur une vente d’armes secrète dans l’Ennedi, attribuée précisément aux Zaghawas. Habré a cherché à en savoir davantage et n’a pas été convaincu par les explications du Cemga (Djamous) et du ministre de l’intérieur (Itno), et encore moins de son conseiller à la sécurité (Déby). Il est vraisemblable que cette affaire a créé une fissure au sommet de l’Etat et que la confiance était rompue. C’est une course contre la mort qui est engagée et Habré devait avoir ses compagnons à l’œil. L’inévitable rupture devait se produire et la date du 1er avril 1989 a été retenue pour éliminer Hissène Habré. Echec, départ précipité pour le maquis…Le bloc du nord éclate en gorane/zaghawa.
Malgré l’absence de Hassane Djamous, les nouveaux maquisards vont s’organiser immédiatement, en récupérant le stock d’armes cachées dans les grottes. Ils ont l’avantage du terrain. Le Darfour soudanais , prolongement naturel du " dar zaghawa ", est majoritairement peuplé de cousins dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont un sens sacré de la solidarité fraternelle…et des affaires ! Les Zaghawas soudanais ont vite compris qu’au-delà de la famille, il y a au bout de l’aventure un pays à conquérir et à piller, comme au bon vieux temps des razzias. Les engagements préliminaires ont été pris par les Tchadiens qui ont bénéficié immédiatement de toutes les aides : politiques, diplomatiques, financières, militaires et humaines. Si l’on ajoute à ce tableau que les militaires français n’allaient pas rater cette occasion de bouter hors du pouvoir Habré, la boucle est bouclée et les jours de Habré comptés.
Tactiquement, les rebelles ont rondement mené leur affaire et peuvent envisager de prendre le pouvoir. Ah le pouvoir ! Ils en voulaient depuis des années, le voilà enfin à leur portée. Cette rébellion d’essence tribale, voire tribaliste, va se donner des couleurs nationales et tenir un discours patriotique pour élargir sa base et recruter dans le vivier des anti-Habré ; il va s’aventurer à promettre la démocratie aux Occidentaux pour leur plaire. Après deux grandes batailles, les FANT sont défaites et la route de la capitale ouverte. Quand la première colonne fait son entrée triomphale à N’Djaména, personne n’y croit. Le chef du mouvement lui-même ne sera là que quatre jours plus tard pour lire un texte préparé par Ousmane Gam : " ni or, ni argent "…On connaît la suite.
Le pouvoir se met difficilement en place. Les hommes-clés, issus du maquis ou du vivier trouvé sur place seront désignés pour le contrôler. Tous les Zaghawas vont former un bloc compact autour de Déby pour pérenniser le pouvoir et le conforter au profit de la tribu. Ce que Déby comprendra comme une entreprise à son profit personnel! Il laissera donc se constituer tous les lobbies politiques, administratifs, militaires et commerciaux ou affairistes et mafieux, autant qu’ils ne le menacent pas. Les frères Erdimi, les Haggar et d’autres vont vivre leurs heures de gloire au pouvoir pour faire et défaire les hommes et les situations. Si Déby a résisté à toutes les épreuves intérieures et extérieures, c’est en partie grâce à l’intelligence politique de ce lobby qui a utilisé toutes les ficelles pour renforcer le pouvoir. A son passif, la mise au point d’une redoutable machine de fraude électorale qui tourne encore sans eux ! Déby feint de l’ignorer.
Mais Déby devait aussi se consolider militairement. Toutes les velléités d’opposition sont écrasées dans un bain de sang : les Hadjaraïs, les Ouaddaiens, les sudistes qui se sont aventurés à créer des rébellions l’ont payé de leur vie, sans aucune pitié. Même des Zaghawas comme Abbas Koty et Bichara Digui y ont laissé leur vie. C’est dire que Déby a fait la démonstration qu’il ne lésinerait sur rien pour conserver son pouvoir. Les ressortissants du BET n’ont pas été épargnés, puisque Youssouf Togoimi et Mahamat Guetti ont sauté sur des mines. Cette logique qu’il a voulu réserver à des parents plus proches, auteurs du coup du 16 mai 2004 et de la rébellion d’octobre 2005, coupables d’ouvrir des brèches dans le bel édifice du clan, et de perturber les cartes au moment où les pions se mettent en place pour la marche vers un troisième mandat présidentiel n’a pas, pour une fois, fonctionné. Si l’édifice a craqué, c’est qu’il a voulu trop tôt s’affranchir de certains tuteurs intérieurs et extérieurs.
Mauvais élève et mauvais héritier de son seul maître à penser politique, Hissein Habré, Déby n’a pas retenu toutes les leçons de l’histoire et du maître. Habré a eu recours à un discours tribalo-religieux qui a abouti aux évènements douloureux de 1979, lesquels ont durablement marqué la vie politique tchadienne. De cette époque, Déby n’a retenu que cette leçon et n’a pas suivi son maître dans son évolution politique des années suivantes, sans doute trop préoccupé par la préparation d’un coup d’état. Quand, par un malheureux hasard de l’histoire, il se retrouva aux commandes du pays, il était politiquement immature et n’a pas su adapter son discours aux réalités du moment. A la création du MPS, son seul schéma était le contrôle du mouvement. A N’Djaména, les alliés réalisent que Déby et les siens les avaient de fait écartés. Un visionnaire comme Ousmane Gam s’en est inquiété dès les premiers jours et a continué de marquer sa différence jusqu’à son départ en exil au Bénin. C’est de cette époque que date la notion du " pouvoir gorano-zaghawa ", réduite ensuite au groupe zaghawa, pour aboutir aux clans et aux sous-clans que nous découvrirons au fur et à mesure des péripéties politiques : kobé, bidéyat, borogat, biliya…
Faute de philosophie et de culture politique qui orientent son action, Déby use, jusqu’à en abuser, de la ruse tribale pour diviser et opposer les acteurs: le nombre disproportionné de ses corégionnaires dans le gouvernement, la haute administration civile et militaire, la diplomatie et dans le monde des affaires procède de cette politique de tout verrouiller par la région, puis la tribu, ensuite le clan, et enfin la famille pour s’approprier le Tchad et en disposer comme d’un patrimoine privé. L’on s’était mépris à l’idée d’un pouvoir musulman ou islamique voire islamo-sahélien: les intéressés eux-mêmes ont été grugés et découvriront tardivement qu’ils ne constituent qu’un maillon insignifiant d’une machine qu’ils doivent servir et ne profiter que des résidus. Lesquels, aux yeux des autres Tchadiens, sont une fortune ! Et tout le monde s’en mord les doigts. A l’inverse, les siens sont bien servis : au nom de la " mémoire des martyrs ", rien n’est laissé au hasard pour permettre à ce beau monde de se servir à satiété. Et ces derniers temps, le cercle privilégié s’est rétréci à la famille stricte et à la belle famille la plus récente. C’est cela la gestion privative du pays.
Une étude plus affinée nous édifierait sur la machine mise en place pour asservir les Tchadiens : aucun membre du clan et quelque soit son niveau d’instruction, n’est en chômage. Tous occupent de hautes fonctions pour écumer et ponctionner l’Etat, et ceux qui sont tapis dans l’informel finissent la besogne. Sous Déby, l’Etat a été totalement déstructuré au point de devenir informel, et l’armée entièrement désorganisée pour faciliter la tâche des prédateurs et, sur le plan politique, justifier son séjour illimité à la tête du pays. Ainsi, à la veille des élections présidentielles de 1996 et 2001, l’argument militaire l’a emporté dans les chancelleries pour " l’élection " de Déby : qui d’autre que lui peut maîtriser l’armée, ou ce qui en tient lieu ? Et pourtant, toutes les tentatives de la France ou de la Banque Mondiale de réformer un tant soit peu l’armée ont englouti des dizaines de milliards de francs en pure perte pour les partenaires, mais pas pour le clan.
Dans ces conditions, peut-on le créditer d’une volonté quelconque de respecter le cahier des charges des états généraux de l’armée ? Il est permis d’en douter, car il n’a commencé à le faire que quand il a rencontré des problèmes. D’ailleurs, réforme-t-on une machine aussi lourde que l’armée en se contentant de quelques nominations dont celles d’officiers véreux et illettrés ? Les gesticulations de Déby ne sont que purement conjoncturelles pour gagner du temps. La dissolution de la Garde Républicaine n’émeut personne, car elle intervient au moins pour la cinquième fois, pour des motifs divers et toujours claniques ! Il n’en aura décidément tiré aucune leçon !
Idriss Déby a réussi la prouesse de créer une fracture nationale sans précédent. Jamais les Tchadiens n’ont été aussi divisés qu’aujourd’hui, sans aucune perspective de retrouver l’unité indispensable à la construction et au développement. L’on a rarement vu, même en Afrique, un pays bâti sur des injustices aussi criantes comme au Tchad. L’Etat est instrumentalisé pour consacrer les inégalités, au détriment du règlement des problèmes les plus simples qui ont fini par déborder les dirigeants. Quand on gère sans aucune vision ni ambition, on reste au bas des pâquerettes pour vivre au quotidien sans aucune perspective du lendemain. Jamais il n’y a eu autant de conflits intercommunautaires que sous le règne de Déby, laissant chaque fois des dizaines de morts et des familles endeuillées ; ces conflits créent des rancoeurs et une haine inexpugnable. Et pour finir, on a créé des catégories de Tchadiens : une race de seigneurs et une autre de serviteurs, corvéables et taillables à merci. Déby se comporte comme s’il n’a cure de l’avenir du Tchad et des Tchadiens, seul le présent l’intéresse pour jouir des délices du pouvoir. Sa vie privée le montre amplement. Le pouvoir lui est monté à la tête et il n’a que du mépris pour tout le monde.
Son discours du 16 novembre devant quelques militants du MPS renforcés par des banlieusards appelés à la rescousse, a laissé pantois plus d’un observateur. Egal à lui-même et comme sous l’effet d’une drogue, il a été incohérent dans un discours décousu dont il ressort un homme usé par le pouvoir et éloigné des réalités. Ce jour-là, on attendait un discours rassembleur qui tire les leçons des évènements et jette un pont vers l’avenir. Il a plutôt passé son temps à traiter les opposants de " bandits, irresponsables, aventuriers "… Morceau choisi : " tous ont été des ministres. En tout cas je sais que un à un je les ai utilisés pendant quinze années et je sais ce qu’ils sont… Ce n’est pas parce que Idriss Déby a marché sur N’Djaména à partir de l’est que n’importe quel aventurier va marcher sur N’Djaména à partir de l’est. Ce n’est pas possible…Un coup d’état ne se fait pas avec des coupes- coupes, des couteaux de jet ou des lances ".Ces propos ne sont pas sans rappeler " les mangeurs de rats qui prétendent défendre l’environnement ", ou bien, " je ne suis pas venu au pouvoir dans un avion Air Afrique ", tenus il y a quelques années.
Tel qu’en lui-même, sûr de lui, dominateur et arrogant ! Dans le chapitre du mépris, les sudistes sont bien servis. Eternels " laoukouras ", ils sont condamnés à demeurer des nègres gratte-papier qu’on essore, jette, récupère et réutilise au gré des circonstances : les Koibla, Nagoum, Kabadi, Yokapdjim, Houdeingar, Dadnadji, Yoadimnadji et autres " intellectuels " de service sont prêts à toutes les turpitudes, toutes les trahisons et toutes les bassesses pour plaire au chef et le servir. Le Tchad, ils n’en ont cure. Comme lui. Ils peuvent se consoler à l’idée que les nordistes, globalement hors tribu ou clan, ne sont pas logés à meilleure enseigne, contrairement aux apparences. Ils ont eux aussi leurs mercenaires et serviteurs : les Mahamat Hissène, Bâchir, Kadam, Birémé Hamid, Bartchiret, Aliféi sont un petit échantillon auquel il faut ajouter les anciens " mouvanciers ", qui sont des victimes consentantes du yoyo national de la valse des décrets qui est un des sports favoris de Déby.
Les conséquences de cette attitude sont forcément la corruption, la gabegie, la concussion, les détournements de deniers publics et l’impunité. C’est une gangrène qui s’est installée du niveau le plus élevé de l’Etat à la base. La notion de service public a foutu le camp depuis belle lurette et les fonctionnaires ne sont plus mus que par leur intérêt personnel. Pouvait-il d’ailleurs en être autrement quand on connaît la soif jamais étanchée et la boulimie illimitée de nos dirigeants pour le lucre ? Rappelons-nous certains faits : les avions militaires vendus à vil prix dès 1991, la nomination d’un ambassadeur étranger à l’UNESCO contre espèces sonnantes, les réquisitions de fonds du Trésor bannies par la CNS mais jamais arrêtées, l’implication dans la fausse monnaie et le trafic de drogue, les documents personnels comme la carte d’identité et le passeport confectionnés par des étrangers à des conditions douteuses, le réseau de prévarication autour du projet pétrole, les détournements massifs de l’aide taiwanaise, les factures fictives, la pratique courante de la surfacturation…Des scandales sont très précis et les commissions d’enquête parlementaires pour certains n’ont pas abouti: la STEE, la mini-raffinerie de Farcha et le pipe-line de Sédigui, le pont à double voie sur le Chari, la quasi faillite de la Sotel, le projet de déguerpissement de Habbéna dont la maquette seule aurait déjà coûté 700 000 000cfa, les marchés publics, les régies financières…Sans être exhaustif, on peut ajouter la gestion des projets financiers par l’extérieur et qui représente un gros morceau.
Le bilan est incommensurable et pourrait facilement déboucher sur la mise en accusation de centaines de personnes, y compris Idriss Déby qui aura à répondre de ses crimes économiques devant la Haute Cour de Justice. La criminalisation de l’Etat a atteint ici aussi des niveaux jamais égalés.
Peut-on décemment encore parler de nationalisme et de patriotisme tchadien ? Etre tchadien a-t-il encore un sens aujourd’hui ? Le civisme, la dignité, le sens de l’honneur, le travail bien fait et l’excellence n’existent plus. Aucune valeur n’est inculquée aux enfants qui vivent quotidiennement des scènes de vendetta dignes d’un autre siècle. Les élèves narguent les enseignants qu’ils peuvent battre et abattre devant leurs camarades. Qu’attendre d’une société qui n’a plus de principes ? Les mineurs ne se contentent plus des motos, ils conduisent les grosses cylindrées de leurs parents ou les véhicules de l’Etat qu’ils cassent sans être sermonnés, suite à des virées alcooliques ou de consommation de drogues fortes, dans des endroits peu recommandables pour leur âge. Les enfants disposent d’importantes sommes d’argent que ne peuvent avoir leurs maîtres d’école couverts de dettes par manque de salaires.
Quel est donc le projet de société de Déby qui a fini par s’entourer de " jeunes patriotes " qui lui répondent au doigt et à l’œil parce qu’ils lui doivent tout, eux qui sont intégrés dans la Fonction publique avant la fin de leurs études ou responsabilisés dès leur prise de fonction, pour diriger des hommes nettement plus âgés et expérimentés? Nous constatons que le Tchad est le seul pays d’Afrique où l’expérience et l’âge sont des tares. Simplement parce que, complexé face aux hommes d’expérience, Déby craque. A quoi sert-il d’user des culottes sur les bancs de l’école quand d’autres, maniant avec dextérité le saut à la perche, atteignent des sommets sans aucune qualification ni formation, en se contentant simplement de leur qualité de semi-lettrés et de leur origine tribale? S’agissant de la récente controverse sur la qualité des directeurs administratifs et financiers nommés par son neveu le ministre des finances, Déby aurait répondu à un impertinent : " ne sont-ils pas tchadiens " ? Selon ce principe, l’armée et la police sont devenues des foutoirs à généraux, colonels, contrôleurs généraux et des commissaires illettrés et sans formation, au motif qu’ils seraient des Tchadiens. Suffit-il d’être seulement tchadien pour être responsabilisé ? Et les autres que l’on condamne à la mendicité et à la marginalisation ne sont-ils pas des Tchadiens ?
Les Tchadiens doivent-ils se résigner et continuer d’accepter que se poursuive cette entreprise de démolition méthodique et continue de leur pays ? Devons-nous faire continuellement appel à d’autres pour régler nos problèmes ? D’expérience, nous savons pourtant qu’aucun Blanc, fût-il Américain, Français ou Allemand ; aucun Jaune, aucun Arabe, fût-il chinois, japonais, saoudien ou marocain, ne peut aimer le Tchad plus que les Tchadiens. Tous, ils nous aimeront tant que leurs intérêts seront saufs. Et nous ne devons pas oublier que les organisations internationales, qu’elles soient politiques ou de développement, sont d’abord les instruments des pays développés qui ne peuvent nous servir que dans le cadre bien compris de leurs intérêts. Et pourtant, nous sommes bien obligés de les interpeller car, globalement, ils sont aussi responsables que nous des malheurs que nous vivons : ils ont créé et adoubé Déby qu’ils couvent constamment alors que le président tchadien roule tout le monde dans la farine et conduit son pays dans le gouffre ! Le centrafricain Patassé et le haïtien Aristide ont été renversés pour bien moins que cela.
A la veille du seizième anniversaire du régime et à quelques semaines d’une élection présidentielle qui se prépare et dont les résultats sont connus à l’avance, tous ceux qui aiment le Tchad doivent se mobiliser pour demander à Déby d’arrêter les dégâts :trop c’est trop ! " Non, Monsieur le Président, regardez-vous dans le miroir et jetez un coup d’œil dans le rétroviseur pour constater l’échec de tout ce que vous avez entrepris et tirer les leçons qui s’imposent. La manipulation de la Constitution, les fraudes électorales, la confiscation de la manne pétrolière et la gestion familiale du pays ne vous honorent pas ! " C’est ce discours que nous devons lui tenir pour le ramener à la raison, car le pouvoir le rend fou et il a totalement perdu la raison et le sens des proportions.
C’est ici le lieu de dire que les évènements qui se déroulent sous nos yeux peuvent connaître des fins sanglantes. Le Tchad a perdu beaucoup d’enfants pour des causes qui n’en valent pas la peine. C’est donc le moment de s’arrêter pour, ensemble, mesurer le chemin parcouru et faire de la prospective. Nous n’en avons pas été capables à l’occasion pourtant opportune du dixième anniversaire de la Conférence nationale souveraine qui n’a même pas été célébrée, comme si nous avions quelque chose à nous reprocher. Douze ans après la CNS, les Tchadiens devraient se retrouver pour dialoguer, faire le bilan de quarante cinq années d’échecs et, pourquoi pas, se pardonner afin de repartir du bon pied. Ensuite, très sereinement, ils devraient être en mesure de fixer de nouvelles règles du jeu pour que, très librement et dans la transparence, ils se donnent des dirigeants qui acceptent de se sacrifier pour leur pays. C’est à ce prix, pensons-nous, que le Tchad sera sauvé. Et il ne sera sauvé que si Idriss Déby l’aime vraiment, et si les partenaires extérieurs les y accompagnent.
Saleh Kebzabo, Député.
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03.07.2008
CHEFS D’ETAT AFRICAINS
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02.07.2008
TCHAD • Quand la presse refuse d’être mise au pas
hebdo n° 921 - 26 juin 2008
http://www.courrierint.com/article.asp?obj_id=87037
Pour protester contre la censure, les médias avaient cessé de paraître début 2008 : ils ont édité ensemble un numéro spécial.
La plupart des journaux de N’Djamena ont cessé de paraître depuis près de deux mois [jusqu’à fin mars]. Alors qu’ils se remettaient à peine des violences et de la répression qui ont suivi l’attaque des rebelles de début février 2008, l’état d’urgence – et, en particulier, l’imposition de la censure préalable – nous a contraints à suspendre nos parutions. Dans le climat ambiant qui frisait le règlement de comptes, il valait mieux ne pas affronter des censeurs zélés. C’était surtout pour nous une façon de refuser d’être injustement mis au pas. Mais, bien décidé à en découdre avec la presse, le président Déby a signé l’ordonnance 05 sur le régime de la presse, qui est sans doute la loi la plus liberticide de toute l’histoire du Tchad. Une telle ordonnance ne doit avoir ses équivalents que dans l’URSS de Staline. Si le Tchad, comme on n’a cessé de nous le faire entendre, est une démocratie respectueuse de l’Etat de droit, alors cette ordonnance, qui abroge la loi 29, plus favorable à la liberté d’expression, est une absurdité. Et la situation créée par la guerre à N’Djamena [les 1er et 2 février, les rebelles sont entrés dans la capitale, avant d’être repoussés par les troupes gouvernementales] ne saurait justifier une telle débauche de moyens répressifs contre la presse.
Cet acharnement est un sujet d’interrogation. La répression contre les journalistes a commencé bien avant l’attaque des rebelles. L’hebdomadaire Notre Temps est arbitrairement fermé, et son directeur de publication, pour éviter la prison, a trouvé refuge à l’étranger. Les portes de la radio FM Liberté sont toujours closes, contrairement à toute légalité. Le président Déby lui-même avait annoncé la couleur lors de son discours, au début de l’année 2008, en décrétant : “Trop de liberté tue la liberté.” Pourtant, c’est bien lui qui avait ouvert la voie, en décembre 1990, à la liberté d’expression par son fameux “Ni or ni argent, mais la liberté.”
Depuis, bon an, mal an, et en dépit de quelques crispations et procès, la présence d’une presse indépendante était tolérée. D’où vient-il qu’aujourd’hui le pouvoir ne supporte plus d’être critiqué par les médias ? On peut y déceler une poussée de mégalomanie caractéristique de l’usure du pouvoir. Le gouvernement ne peut tirer aucun profit de la mise au pas de la presse, sauf à présenter l’image d’un pays dictatorial. La presse n’est en rien responsable de la situation actuelle du Tchad. Le gouvernement doit avoir le courage d’affronter la vérité, qui se trouve dans sa manière de gouverner.
(Le Journal des journaux, N’Djamena)
Gata Nder
La Aficíon
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