05.11.2008
La roue de l’histoire tourne vers l’avant : « Yes ,we can ! Yes ,we did !»
En cette aube du troisième millénaire, l’élection de Barack Obama marque un moment historique dans un pays où les Etats du Sud ont appliqué des lois discriminatoires jusqu'en 1964 et privé les Noirs du droit de vote jusqu'en 1965. Une Amérique majoritairement blanche porte aujourd’hui à la tête de la première puissance mondiale un « Black Boy » venu du fin fond d’Afrique comme le dépeignait plusieurs années auparavant Richard Wright dans son roman black boy . « L’audace d’espérer » qu’a publié il y a deux ans cet enfant noir porté sur les épaules du Révérend Martin Luther King Junior est une véritable révolution et est en train de faire sonner le glas d’une Amérique raciale et ségrégationniste où beaucoup de Noirs vont régulièrement en prison ou encore passent d ans les couloirs de la mort. Révolution que Martin Luther King avait senti venir et qu'il avait voulu annoncer avec son grand discours "I have a dream" prononcé en 1963 et qui, déjà, prônait les vertus de l'équité, de la justice et de la solidarité. Les forces de l'intolérance ne l'entendaient pas de cette oreille et le bon pasteur fut assassiné et, avec lui, son rêve.
Derrière son slogan "Yes, we can", Obama formulait en effet un projet de société qui ne pouvait que rencontrer l'assentiment de ses compatriotes en ces périodes très difficiles. Une période de déprime voire de récession prévisible, si résultante d'une politique économique "aventuriste" basée sur le capitalisme de spéculation qui enrichit une classe sociale parasitaire et fainéante pendant que les masses laborieuses croupissent dans la misère.
La roue de l’Histoire tourne vers l’avant et un nouveau jour se lève sur l’Amérique : la noirceur du Nègre comme le disait si bien Aimé Césaire ne peut plus être contre la clarté du jour. Toute l’Amérique fait amende honorable et fait l’histoire. C’est la rédemption après tant d’années d’esclavages, de ségrégations et de préjugés raciaux d’une certaine bestialité. Que la France qui depuis la nuit des temps à spolie l’Afrique entende le son de cloche. Plus rien ne sera comme avant, l’histoire du peuple noir est en marche. Tout le long de l’Histoire de l’Humanité, des hommes et des femmes exceptionnels sont subitement apparus pour faire face à des défis tout aussi exceptionnels. Cet homme-ci rassemble en sa seule personne Théodore Roosevelt, Abraham Lincoln, John Kennedy, Martin Luther King, Jesse Jackson, Malcolm X, Rosa Parks, Marcus Garvey et Nelson Mandela, et tous les hommes et femmes d’Amérique et d’ailleurs qui ont eu l’audace d’espérer que le changement est possible partout où la nécessité l’exige. Obama a repris le flambeau à la suite des Révérends Jesse Jackson et Andrew Young, avec un discours "transcendantal" faisant fi des clivages raciaux pour s'adresser à tout le peuple américain. Lequel a prouvé sa maturité et son osmose en portant cet Américain sorti des entrailles de l’Afrique à sa tête.
De nombreux sceptiques sont convaincus que l’Afrique sera tenue à l’écart du changement qu’apportera l’administration Obama. Ils ont tort. Mis à part le fait que ce Monsieur a toujours été fier de ses origines africaines au point de dédier l’un de ses deux livres à succès à son père, il va imposer la réforme de la Banque mondiale et du FMI dont les méthodes et les recettes douteuses ont accentué la pauvreté de l’Afrique. Les efforts de redressement de cette dernière, basés sur des plans d’ajustement structurels mal conçus et mal exécutés l’ont rendue encore plus pauvre. Symbole de l'égalité et du rêve américain, Obama est une nouvelle chance pour ses compatriotes, mais aussi pour l'Afrique toute entière. Le regard noir porté sur le Noir va donc s’éclaircir. Croyons-y !
En analysant sérieusement la politique qu'il entend faire sienne en matière de défense, on se rend compte qu'en sus des intérêts stratégiques de l'Amérique, c'est la raison qui guidera ses actes.
Last but not the least, l'Afrique, la "terre-mère" de ce « Black boy », en dehors de la satisfaction morale que lui procure cette élection, pourrait aussi jouir d'un regain d'intérêt de la part de l'Oncle Sam. Ce ne serait qu'une réaction naturelle, même si en la matière, il y a lieu d'être prudent.
En résumé, le rêve américain est à nouveau en marche, et, l'on croise les doigts pour qu'il ne tourne pas au cauchemar, au regard des péripéties qu'a connues la campagne d'Obama. "God save and bless Obama".
L’histoire sera donc écrite, peut-être avec de nouvelles espérances, et de nouvelles barrières à franchir, pour aller installer un autre Noir, dans le fauteuil de la place Saint Pierre à Rome.
Pour paraphraser Frantz Fanon et Aimé Césaire, formulons ceci : Yallah, camarades ! Tentons de secouer la grande nuit dans laquelle nous fûmes plongés, tentons de créer et de découvrir pour les autres et pour nous-mêmes. Faire un pas, encore un pas et un autre pas et tenir gagner à chaque pas et malheur à celui dont les pieds flanchent.
Augustin Tabo
21:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
Bien dit! Cette élection nous prouve qu'aux États-Unis, des pans entiers du rêve américain sont encore vivaces!
La leçon que je tire de cet événement historique -par tous les bouts-, est que le peuple étasunien est mûr aujourd'hui. Se priver d'un homme aussi brillant qu'Obama aurait été une erreur. Ils l'ont fait! Puisse le bon dieu les bénir!
Par ailleurs, l'aspect subjectif de cette élection -la couleur de peau- ne doit pas nous faire oublier qu'Obama est étasunien et qu'il travaillera pour les intérêts de son peuple et de son pays.
L'Afrique doit bien méditer cela. Certains de nos dirigeants -et leurs peuples avec- entrevoient là une motopompe de subventions et d'aides en tous genres. La solidarité mesquine dont ils sont infatués depuis la nuit des temps -et qui les autorise à attendre tout de l'extérieur- doit se muer en une véritable prise de conscience. Le développement par l'aide ne se fera pas. Pas plus que la révolution en comptant sur les autres puissances! Ces puissances cherchent à consolider leurs intérêts (qui se traduisent, bien souvent, par nos malheurs : guerres, conflits fratricides, racisme, etc.). Nos épaules sont larges et robustes pour pouvoir évoluer -à la condition que nous n'y transportons pas, de façon ostentatoire, comme nous avons pris la mauvaise habitude, notre bassesse d'esprit, notre concupiscence et le manque d'amour...
Je suis tenté de croire que si Obama, s'était présenté à l'élection en Afrique, on lui aurait barré la route en évoquant des arguments totalement abscons et niais : ivoirité et que sais-je encore!
Nous avons un continent riche. Nous avons les ressources pour permettre à chacun de vivre décemment. Il nous manque juste d'être conséquents et raisonnables.
J'espère que cette élection -qui nous a tant fait pleurer, par son aspect subjectif, et donc historique-, mobilisera nos forces et entamera notre apathie.
Kaar Kaas Sonn
Ecrit par : KAAR KAAS SONN | 11.11.2008
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