17.04.2009

Habré : la Belgique marque un point

Marie-France Cros

http://www.lalibre.be/actu/monde/article/494953/habre-la-...

 Le Sénégal a offert devant les juges de La Haye de garantir qu’il ne laisserait pas échapper Hissène Habré. Le président sénégalais avait menacé de le faire.

Le Sénégal s’est dit cette semaine "disposé à confirmer solennellement" qu’il empêcherait l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré de quitter Dakar et a assuré tout mettre en œuvre pour qu’il reste sur son territoire.

Depuis son renversement par Idriss Déby, en 1990, Hissène Habré est réfugié au Sénégal. En 2000, il y a été inculpé de complicité de crimes contre l’humanité, actes de torture et barbarie mais la Justice sénégalaise s’est déclarée "incompétente" pour juger l’ancien tyran.

Quand la Belgique a demandé son extradition, en 2005, pour le juger au titre de sa loi de compétence universelle en matière de crimes contre l’humanité, à la suite de plaintes déposées à Bruxelles, Dakar a refusé : on ne pouvait pas laisser juger par d’autres que des Africains un ancien chef d’Etat du continent.

En mai 2006, le Comité de l’Onu contre la torture a demandé au Sénégal de juger Habré ou de l’extrader. Deux mois plus tard, les chefs d’Etat de l’Union africaine confiaient à Dakar la tâche de juger Habré. Mais rien n’avance.

27,4 millions d’euros

Les familles des victimes soulignent que le ministre sénégalais de la Justice est un ancien avocat d’Hissène Habré - parti en exil avec les 5 millions d’euros subtilisés sur le Trésor tchadien.

De plus, l’Etat sénégalais exige maintenant, pour juger l’ancien dictateur, de recevoir d’abord de la communauté internationale ce qu’il évalue comme la totalité de ce que coûtera le procès, soit... 27,4 millions d’euros - dont 8 millions d’euros pour rénover le palais de justice de Dakar !

L’Union européenne a déjà promis 2 millions d’euros; le Tchad, la Belgique, la France, la Suisse, les Pays-Bas ont promis de participer au financement mais exigent un budget précis et rappellent au Sénégal que l’usage, en la matière, est de financer année par année.

Pour obtenir l’engagement sénégalais de cette semaine à l’issue de trois jours d’audience devant la Cour internationale de Justice de La Haye, il a fallu que l’Etat belge y traîne son homologue sénégalais en demandant que Dakar soit condamné à juger ou extrader et que les juges de La Haye ordonnent des mesures conservatoires destinées à garantir que Hissène Habré demeure en résidence surveillée. Le président sénégalais Abdoulaye Wade avait, en effet, récemment menacé de lever la mise en résidence surveillée du Tchadien s’il ne recevait pas les fameux 27,4 millions d’euros - toujours sans fournir de plan de travail pour l’utilisation des sommes réclamées.

La Cour a mis sa décision en délibéré.

Parfaitement au courant

Hissène Habré est jugé responsable de la mort de milliers de personnes durant sa présidence (1982-1990). L’organisation humanitaire Human Rights Watch a mis la main en 2001 sur des archives de la police politique, qui permettent de montrer que Habré était tenu au courant, par sa bureaucratie, des arrestations d’opposants réels ou supposés, de leurs interrogatoires "sous la contrainte", de leur décès sous la torture. Ces documents évoquent les décès de 1 208 détenus et le mauvais traitement de 12 321 autres.

L’organisation dispose aussi des témoignages de rescapés des prisons d’Habré : un fossoyeur, qui enterrait chaque nuit de 8 à 50 cadavres; une prisonnière, qui était gardée à un endroit où elle a dû assister à de nombreuses séances de torture avant de la subir elle-même; d’anciens détenus, qui, aujourd’hui encore, "craquent" à évoquer le passé devant un médecin...

HRW dispose enfin du témoignage d’un ancien tortionnaire, qui décrit comment fonctionnait le système.

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