30.10.2009
L'UE décrète des sanctions contre la junte en Guinée et un embargo sur les armes
Bruxelles a décidé de prendre des sanctions ciblées contre des membres de la junte au pouvoir en Guinée et d'établir un embargo sur les armes. Ces mesures visent à sanctionner l'implication de la junte dans la violente répression d'une manifestation.
Par Dépêche (texte)
AFP - Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont décrété mardi des sanctions ciblées à l'encontre des membres de la junte au pouvoir en Guinée et un embargo sur les armes, a indiqué la présidence suédoise de l'UE.
L'UE a "décidé d'adopter des mesures visant les membres du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, la junte au pouvoir) et les individus associés, responsables de la répression violente ou de l'impasse politique dans le pays", selon un texte adopté par les ministres européens à Luxembourg.
Selon une source diplomatique, une liste des personnes concernées par ces mesures, qui pourraient consister en des gels d'avoirs et des interdictions de visas pour l'UE, doit être publiée d'ici jeudi au Journal officiel de l'Union européenne.
L'UE a également "décidé d'imposer un embargo sur les armes à la Guinée", précise le texte adopté mardi.Ces mesures visent notamment à sanctionner l'implication de la junte dans la répression sanglante d'une manifestation le 28 septembre à Conakry, qui a fait au moins 150 morts selon l'ONU et suscité l'indignation internationale.
13:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.10.2009
Tchad : Tentative d’assassinat à l’encontre de M. Michel Barka et actes de surveillance à l’encontre de M. Massalabaye Tenebaye
26 octobre 2009 par ,
ThèmesTchadRépressionCommuniqués de presseDroits humains
4 jours à peine après la visite-éclair à l’Elysée du très françafricain Idriss Déby, l’Observatoire, programme commun de la FIDH et de l’OMCT, nous alerte sur de nouvelles violations des droits humains dans ce pré carré de l’armée française. A en juger par son silence, Nicolas Sarkozy, qui a renoncé à réclamer la lumière sur la disparition, début février 2008, de l’opposant Ibni Oumar Saleh, semble faire bien peu de cas de 2 militants de la société civile tchadienne menacés de morts et espionnés. Sans doute est-il plus préoccupé par les accords commerciaux avec le régime tchadien, tel que les contrats de vente d’armes françaises à Ndjamena, qui ont progressé de 50 % en 2008 pour atteindre près de 13 millions d’euros.
APPEL URGENT - L’OBSERVATOIRE
L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.
Tentative d’assassinat / Menaces pour la sécurité / Surveillance
Tchad
22 octobre 2009
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Tchad.
Description de la situation :
L’Observatoire a été informé de sources fiables d’une tentative d’assassinat à l’encontre de M. Michel Barka, président de l’Union syndicale du Tchad (UST), et d’actes de surveillance menés contre M. Massalabaye Tenebaye, président de la Ligue tchadienne des droits de l’Homme (LTDH).
Selon les informations reçues, le 13 octobre 2009 vers 19h, alors qu’il se trouvait au volant de son véhicule, M. Michel Barka a été suivi par plusieurs véhicules banalisés. Une personne en civil sans aucune identification s’est ensuite interposée au milieu de la route, lui barrant le chemin. Afin d’échapper à ce qu’il craignait être une arrestation illégale, M. Barka a tourné dans une rue perpendiculaire et a alors été pris en filature par un motocycle. Lorsque M. Barka s’est arrêté, le conducteur du motocycle a brandi une arme de poing en direction du véhicule de M. Barka, qui a réussi à prendre la fuite.
Le même jour, alors qu’il sortait des locaux de la LTDH pour rencontrer un partenaire international, M. Massalabaye Tenebaye a constaté qu’il faisait l’objet d’une filature jusqu’à son domicile, fait qui s’est répété le 14 octobre au matin.
M. Michel Barka et M. Massalabaye Tenebaye se sont rendus en février 2009 à Paris et à Bruxelles en tant que délégués du Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation (CSAPR), où ils ont alerté les autorités françaises et les représentants de l’Union Européenne au sujet de la situation politique et sécuritaire au Tchad. Ils ont notamment témoigné des blocages de la mise en oeuvre des recommendations de la Commission d’enquête établie pour faire toute la lumière sur les violations des droits de l’Homme perpétrées lors de la tentative de coup d’Etat en février 2008.
Le 20 octobre 2009, suite à l’agression dont M. Barka a été victime et la filature dont M. Tenebaye a fait l’objet, M.Tenebaye a été reçu par le ministre tchadien de l’Intérieur et de la sécurité publique, accompagné du directeur de la Police Nationale, du directeur de la Sécurité Publique et du directeur des Renseignements Généraux, qui ont assuré qu’ils prendraient toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de M. Barka et de M. Tenebaye ainsi que l’ouverture d’une enquête approfondie sur les faits.
L’Observatoire exprime sa plus vive préoccupation et son inquiétude pour l’intégrité physique et psychologique de M. Michel Barka et de M. Massalabaye Tenebaye ainsi que pour celle de tous les défenseurs des droits de l’Homme au Tchad, et rappelle aux autorités tchadiennes leur obligation de protéger les défenseurs des droits de l’Homme conformément à l’article 12.2 de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998.
Actions requises :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités tchadiennes en leur demandant de :
i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de M. Michel Barka et de M. Massalabaye Tenebaye ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme tchadiens ;
ii. Mener effectivement une enquête exhaustive, indépendante et impartiale sur les faits décrits ci-dessus, ce afin d’identifier les responsables, de les traduire devant un tribunal civil indépendant, compétent et impartial et d’appliquer les sanctions pénales, civiles et/ou administratives prévues par la loi ;
iii. Veiller à ce qu’un terme soit mis à toute forme de menaces et de harcèlement à l’encontre de M. Michel Barka, de M. Massalabaye Tenebaye et de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme tchadiens ;
iv. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 qui stipule que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales aux niveaux national et international” et son article 12.2 qui prévoit que “l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;
v. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Tchad.
Adresses
M. Idriss Deby, Président de la République, Présidence de la République, B.P. 74 N’Djamena, Tchad, Fax : (235) 51 45 01
M. Youssouf Saleh Abbas, Premier Ministre, Primature N’Djamena, Tchad, Fax (235) 52 20 89, Email : cpcprimt(a)intnet.td
M. Jean Bawoyeu Alingue, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Ministère de la Justice BP. 426 N’Djaménal, Tchad, Tel./Fax (235) 52 21 39
M. Ahmat Mahamat Bachir, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, BP. 742 N’Djaména, Tchad, Tel/Fax : (235) 51 71 59
Ambassadeur M. Malloum Bamanga Abbas, Mission permanente de la République du Tchad auprès de l’Office des Nations unies à Genève, rue Tronchin 14, 1202 Genève, Suisse, E-mail : mission.tchad(a)bluewin.ch, Fax : +41 22 774 25 27
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Tchad dans vos pays respectifs.
18:23 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.10.2009
IDriss Deby:' Si le Soudanais tenaient parole"
Le chef de l’Etat tchadien, en visite à Paris, évoque les chances d’une paix avec Khartoum.
Le Nouvel Observateur.- Vous évoquez à nouveau la possibilité d’une paix avec le Soudan, pays avec qui vous êtes en conflit depuis 2003 par rébellion interposée.
Idriss Déby.- Cette crise nous a fait beaucoup de mal. Nous avons été agressés plusieurs fois. Nous avons la charge de 300.000 réfugiés du Darfour. Normaliser nos relations avec le Soudan est notre priorité. Je n’ai donc pas hésité à recevoir le conseiller spécial du président soudanais, Omar el-Bechir. Cette rencontre, facilitée par notre frère Kadhafi, constitue une première. C’est une très grande opportunité pour rétablir la paix entre nos deux pays. En signe de confiance, nous avons demandé que les mercenaires (rebelles tchadiens basés au Soudan Ndlr), conformément aux accords passés, soient éloignés de 500 km de nos frontières, casernés et désarmés. Le principe a été accepté par Khartoum. Evidemment, quand cela sera fait, nous irons, nous aussi, vérifier sur le terrain qu’il n’y a plus de mercenaires autour de Kutum, Niala, al-Fasher, ou dans le Jebel Mara. Nous sommes prêts en échange à laisser des observateurs soudanais visiter notre pays afin de constater que nous n’hébergeons pas leurs rebelles. Notre ministre des Affaires étrangères va se rendre à Khartoum dans les prochains jours pour discuter des autres points en suspens.
N.O.- Ce rapprochement sera-t-il durable ? Les quatre accords précédents, à peine conclus, ont tous été violés.
I. Déby.- Absolument. Nous restons donc très prudent. Le premier accord n’a tenu qu’une semaine, le second a été rompu cinq jours après et le dernier a été violé seulement dix-sept heures après avoir été signé à Doha, alors que notre délégation était encore sur place. C’est pour ça que nous avons dit aux Soudanais, de la façon la plus claire : nous ne vous croyons pas. C’est à vous de faire le premier pas. Vous devez montrer que vous avez renoncé à établir au Tchad un régime basé sur le fondamentalisme religieux.
N.O.- Vous avez salué la décision de la Cour pénale internationale de lancer un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir. Cette pression l’a-t-elle poussé à se rapprocher du Tchad ?
I. Déby.- Je pense que le président Béchir a compris une chose : le monde d’aujourd’hui n’accepte plus l’impunité. Et effectivement, les pressions internationales qui viennent de toutes parts ont pesé sur sa décision. J’ai profité de mon séjour à Paris pour demander au président Nicolas Sarkozy et aussi au président de l’Organisation internationale de la Francophonie, M. Abou Diouf, d’encourager le Soudan à respecter ses engagements.
N.O.- Quel bilan faites-vous de l’Eufor dont le mandat s’est achevé au printemps dernier ?
I. Déby.- En son temps, nous avions critiqué l’Eufor. Avec le recul, je pense que l’Eufor a fait davantage pour sécuriser les réfugiés et le personnel humanitaire que la force des Nations unies qui l’a remplacé. On ne peut pas dire que la Minurcat (Mission des Nations unies pour la république centrafricaine et le Tchad) soit opérationnelle. Elle devait avoir 4 à 5000 hommes. Elle dispose de moins de 40% des effectifs prévus. Ce sont donc nos soldats et nos policiers qui jouent le rôle dévolu aux casques bleus.
N.O.- Les humanitaires accusent les coupeurs de route d’être souvent des soldats tchadiens ?
I.Déby.- Ce n’est pas vrai. La majorité des malfaiteurs sont des Soudanais qui ont servi dans la rébellion du Darfour. Ils viennent armés dans les camps de réfugiés que nos soldats, dans le cadre des conventions internationales, ne sont pas habilités à fouiller. Nous contrôlons mieux nos frontières et les actions que nous avons menées ont permis d’arrêter tous ces malfrats et de récupérer tous les véhicules volés à des humanitaires. Nos forces de défense et de sécurité ont payé le prix fort lors de ces interventions et déplorent des morts et des blessés.
N.O.- Nicolas Sarkozy vous a demandé que les législatives tchadiennes prévues en 2010 soient « irréprochables ». Que lui avez-vous répondu ?
I. Déby.- Ces élections vont être transparentes. Elles se dérouleront dans les normes, sous la surveillance de la communauté internationale et d’une commission électorale indépendante. C’est exactement ce que prévoit l’accord du 13 août 2007 passé entre la majorité présidentielle et l’opposition : l’organisation, avec l’appui de la communauté internationale, d’élections irréprochables. Les représentants de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la francophonie, de l’Union africaine, de la France, des Etats-Unis, d’Allemagne, des Nations unies ont jusque-là participé à toutes nos réunions préparatoires. Nous le faisons en toute bonne foi. Nous n’avons pas à tergiverser. Je suis moi-même le garant de l’application de cet accord.
N.O.- Les partis d’opposition demandent au préalable que toute la lumière soit faite sur la disparition en février 2008, de leur principal porte-parole, Ibni Oumar Mahamat Saleh.
I. Déby.- Cette question m’a déjà été posée plus d’une centaine de fois.
N.O.- Parce qu’elle demeure toujours sans réponse.
I. Déby.- Cette affaire est aujourd’hui entre les mains de la justice. On l’a d’abord confié, comme vous le savez, à une commission indépendante, composée pas seulement de Tchadiens, mais aussi de membres de la communauté internationale. Sur la base de son travail, des magistrats ont été désignés et continuent ses travaux. Ce n’est pas très facile. Ils ont déjà entendu beaucoup de monde. Ils doivent nous dire ce qui est arrivé non seulement à Ibni Oumar Mahamat, Saleh, mais aussi 700 Tchadiens qui sont morts entre les 2 et 3 février 2008, lors de l’attaque des mercenaires soudanais contre N’Djamena. Il y a eu, ces jours-là, la destruction de tous les symboles de la démocratie au Tchad, des viols, des assassinats de civils, de militaires, de hauts responsables... Donc, attendons que les magistrats rendent leurs conclusions.
N.O.- Mais vous répétez, malgré de nombreux témoignages contraires, que les militaires tchadiens ne sont pour rien dans cette disparition.
I. Déby.- Tous les chefs militaires ont été entendus par la commission et les magistrats. Je ne suis pas dans le secret de ce qu’ils ont dit. Mais, en ce qui me concerne, j’avais alors d’autres choses à faire que de faire arrêter un opposant ou un homme politique. Nous étions encerclés. Le palais a été défendu par moins de 300 personnes, dont moi-même, bien sûr. Et la ville a été contrôlée pendant vingt-quatre heures par les mercenaires. Il est important que cette enquête explore aussi cette piste.
N.O.- Deux figures de l’opposition ont pourtant été arrêtées ce jour-là. D’autres personnalités politiques auraient pu l’être également si elles ne s’étaient pas cachées.
I. Déby.- Il faut d’abord se demander pourquoi ces gens se cachaient. En pleine offensive, le 2 février vers 16 heures, l’aviation m’a annoncé qu’il y avait un attroupement extrêmement important de mercenaires devant la maison de Lol Mahamat Choua (ancien chef de l’Etat) et m’a demandé ce qu’elle devait faire. J’ai dit : s’il y a un attroupement, il faut tirer. Et j’ai ordonné aux unités qui étaient engagées de ce côté de la ville de se rendre sur les lieux. On m’a prévenu par radio qu’on avait trouvé M. Lol Mahamat Choua à l’extérieur de sa maison. J’ai dit prenez le. Et cela en présence de deux officiers français qui se trouvaient avec moi à la présidence. Il n’a pas été maltraité. On lui a simplement demandé ce qu’il faisait à cette heure-ci dehors sous les balles. Après avoir été interrogé, il a été remis à sa famille. Quand au second opposant, M. (le député Ngarlejy) Yorongar. Il a eu peur et a fui au Cameroun. Il n’a jamais été arrêté.
N.O.- Le gouvernement français est en train de remettre à plat l’ensemble de son dispositif militaire en Afrique. Souhaitez-vous, à cette occasion, réviser les accords qui vous lient avec Paris ?
I. Déby.- Le Tchad n’a pas d’accord de défense avec la France. Nous ne sommes donc pas concernés par ces modifications. Nous sommes liés seulement depuis 1976 votre pays par des accords de coopération qui fonctionnent parfaitement bien. Nous espérons que cette coopération ne soit pas remise en cause. Le dispositif Epervier qui a été mis en place en 1987, à la demande de mon prédécesseur, quand le Tchad a été attaqué par la Libye, a également parfaitement rempli sa mission.
Propos recueillis par Christophe Boltanski
Nouvel Observateur
19:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.10.2009
FRANCE-TCHAD / Rencontre entre N. Sarkozy et Idriss Deby Itno: déclaration des ONG
Paris, 16 octobre 2009 - La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), Human Rights Watch (HRW) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) appellent Nicolas Sarkozy à exiger du président tchadien Idriss Deby Itno, lors de leur entretien privé cet après-midi à l’Elysée, qu’il mette fin à l’impunité au Tchad et fasse toute la lumière quant aux graves violations des droits de l’homme perpétrées lors de la tentative de coup d’état à Ndjamena le 2 février 2008. Selon ces organisations, N. Sarkozy s’est engagé auprès d’elles, avant sa visite au Tchad en février 2008, à plaider pour une accélération du processus démocratique et pour que toute la lumière soit faite sur le sort des opposants disparus. Il a ensuite affirmé, le 27 février 2008 à Ndjamena : "La France veut la vérité et je ne céderai pas sur ce point. Ce n'est pas parce que le gouvernement du Tchad est légitime qu'il peut se permettre de faire n'importe quoi".
Une Commission d’enquête, mise en place pour faire la lumière sur les événements de février 2008 à Ndjamena a clairement établi la responsabilité de la garde présidentielle tchadienne dans la disparition forcée de M. Ibni Mahamat Saleh. Le comité des droits de l’Homme des Nations unies a par ailleurs rappelé au Tchad son obligation internationale de mettre fin à l’impunité et de traduire en justice tous les auteurs de violations des droits de l’Homme sur son territoire. Les ONG s’indignent qu’à ce jour les autorités tchadiennes n’aient pas donné suite aux conclusions de la Commission et qu’aucune réponse n’ait été apportée quant au sort de M. Saleh.
La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), Human Rights Watch et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) demandent donc à la France d’appeler le gouvernement tchadien à mettre en œuvre le plus rapidement possible les recommandations du Comité des droits de l’Homme comme celles de la Commission nationale d’enquête de 2008.
Citations ONG
· Jean Pierre Dubois, Ligue des Droits de l’Homme : « La disparition non-élucidée d'Ibni Oumar Mahamat Saleh est un obstacle majeur à la résolution de l'instabilité politique au Tchad. Comme elle l'avait promis par la voix du président Sarkozy, la France doit mettre tout son poids dans la balance pour que la lumière soit faite sur le cas d'Ibni Mahamat Saleh, mais aussi pour débloquer les pourparlers politiques en intégrant les politico-militaires sous peine de voir les attaques contre le régime d’Idriss Deby Itno se répéter avec leur lot de violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire. »
· Jean Marie Fardeau, Human Rights Watch : « Nicolas Sarkozy a exigé la vérité au Tchad et Carla Bruni a rencontré la veuve d’Ibni Mahamat Saleh lui assurant l’engagement de la France. Plus d’un an et demi après les faits, aucune avancée n’a été réalisée depuis la remise d’un rapport accablant de la commission tchadienne d’enquête. Personne ne sait ce qu’il est advenu de M. Saleh. Il est du devoir de Nicolas Sarkozy de demander à nouveau des comptes au président Déby.»
Personnes disponibles pour interview :
- Massalabaye Tenebaye, Président de la Ligue Tchadienne des droits de l’Homme
- Jean Pierre Dubois, Président de la Ligue des Droits de l’Homme
- Souhayr Belhassen, Président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme
Contact : Florent Geel, responsable programme Afrique, 06 48 05 93 23
-------------------------------------------------
Aldine FURIO
Crisis Action (France)
Tel: +33 (0)9 63 53 73 14
17:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.10.2009
Guinée - 2006, 2007, 2009 : les massacres se succèdent, l’impunité demeure
Communiqué, le 6 octobre 2009
L’association Survie condamne avec force le massacre du lundi 28 septembre à Conakry en Guinée et soutient sans réserve les mouvements de la société civile dans son combat pour la démocratie et la justice. Survie dénonce la grande tolérance de la diplomatie française à l’égard des exactions des régimes guinéens depuis plusieurs décennies.
Plus de 150 morts, plus de 1000 blessés, des dizaines de viols et d'arrestations : c’est le terrifiant bilan de la répression sanglante, opérée au grand jour par l’armée guinéenne, du meeting pacifique organisé à Conakry par des mouvements de la société civile guinéenne pour rappeler l’engagement du capitaine putschiste Moussa Dadis Camara de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de janvier 2010.
Ces victimes s’ajoutent à celles des mouvements sociaux réprimés en 2006 et en janvier 2007 avec la même sauvagerie par des soudards sans foi ni loi confortés par des décennies d’exercice d’un pouvoir militaire aux crimes restés impunis.
Préoccupée par le sort des populations guinéennes et par le risque que l’arbitraire triomphe une nouvelle fois des mobilisations réclamant un Etat de droit en Guinée, l’association Survie :
1/ se montre attentive quant au rôle joué par la France dans cette crise politique et dénonce la grande tolérance de notre diplomatie à l’égard des exactions des régimes guinéens depuis plusieurs décennies.
Après la rupture historique du lendemain du référendum de 1958, un rapprochement franco-guinéen opéré dans les années 1980 a conduit la France à soutenir militairement et diplomatiquement le régime de Lansana Conté. La visite symbolique de Jacques Chirac en 1999 à Conakry, peu après la mascarade électorale qui avait vu l’opposant Alpha Condé privé de sa victoire à la présidentielle, a ainsi constitué un des temps fort d’un certain « renouveau » de la relation franco-guinéenne.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la politique de la « Françafrique décomplexée », qui repose sur une défense inconditionnelle des positions économiques acquises (Gabon, Congo, Tchad …) ou à conquérir (Libye, RDCongo, Angola, Afrique du Sud ...) a placé la Guinée parmi les territoires de prospection pour les entreprises françaises.
Ceci amène notre association à :
- douter sérieusement des « vraies fausses » pressions exercées par la France à l’égard de la junte guinéenne. Celles-ci sont en outre décrédibilisées par le fait qu'Alain Joyandet s'est rendu cet été à Conakry pour tenter de convaincre Dadis Camara de ne pas se présenter à la présidentielle, quelques jours à peine après avoir félicité le général Abdel Aziz qui venait de mettre en oeuvre en Mauritanie le même scénario que Dadis Camara ;
- dénoncer le rôle joué par des émissaires d’une diplomatie parallèle sans mandat officiel, à l’instar du député Patrick Balkany, partisan déclaré de la candidature de Dadis Camara à la présidentielle ;
- réclamer la fin (et non la simple suspension) de la coopération militaire française (2 millions d'euros par an, dont 9 coopérants encadrant les officiers de l'armée guinéenne, depuis 2007) ainsi que l’arrêt de toute vente d’armes françaises au régime ;
- demander aux parlementaires français de réclamer que la lumière soit faite sur la stratégie menée par la diplomatie française à l’égard du régime guinéen et sur les soutiens apportés à celui-ci (coopération militaire, économique, ventes d’armes, etc.), en particulier depuis les exactions de 2006 ;
2/ se fait le relais des revendications des mouvements de la société civile guinéenne, rassemblés en particulier au sein des Forces Vives de Guinée pour exiger :
- la fin de la répression à l’égard des opposants, caractérisée d’après les témoins directs par des centaines d’arrestations mais aussi par des disparitions et des exécutions extra judiciaires ;
- la libération des prisonniers faits par les militaires pendant et après la manifestation du 28 septembre ;
-l’ouverture d'une enquête internationale et d'une procédure judiciaire devant les tribunaux internationaux pour déterminer les responsabilités dans les massacres et poursuivre les coupables, auteurs et commanditaires ;
-la conduite par la communauté internationale d’un dialogue afin de déterminer l’opportunité de recourir à l’intervention d'une force internationale visant à protéger les populations des exactions des militaires et sécuriser les conditions d’un processus électoral libre et transparent ;
-le rejet du mandat de médiateur confié au président burkinabé Blaise Compaoré, lui-même impliqué dans un certain nombre de conflits sanglants ayant endeuillé la sous-région (Libéria, Côte d’Ivoire) et coutumier de la fraude électorale dans son propre pays. Les Guinéens proposent déjà des alternatives plus crédibles comme Alpha Omar Konaré ;
3/ exprime son inquiétude et sa vigilance concernant :
-la volonté réelle de la communauté internationale d'agir pour protéger le peuple guinéen, inquiétude confortée par l'impunité restée de mise après les tueries de 2006 et 2007 ;
-le rôle des multinationales (minières et autres) engagées en Guinée qui peuvent, comme dans d’autres crises dans la sous-région, être tentées de soutenir et financer telle ou telle partie susceptible de garantir le maintien de leur rentes.
-le rôle, constaté par des témoins des massacres du 28 septembre, joué par des mercenaires libériens au sein ou en marge de l'armée guinéenne, qui renvoient au souvenir de conflits sous-régionaux de funeste mémoire.
Enfin, préoccupée par le symbole que l'impunité en Guinée après de telles exactions pourrait véhiculer dans le reste de l'Afrique, dans un contexte de régression des mouvements de transition démocratique amorcés dans les années 90, l’association Survie appelle à un mouvement de solidarité et de dialogue avec toute les sociétés civiles confrontées à la perpétuation ou au retour de régimes autoritaires au Gabon, au Congo, au Togo, en Mauritanie et au Niger.
Contact presse: Stéphanie Dubois de Prisque stephanie.duboisdeprisque@survie.org Tel. : 01 44 61 03 25
20:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



