27.10.2009

Tchad : Tentative d’assassinat à l’encontre de M. Michel Barka et actes de surveillance à l’encontre de M. Massalabaye Tenebaye

26 octobre 2009 par FIDH, OMCT

ThèmesTchadRépressionCommuniqués de presseDroits humains

4 jours à peine après la visite-éclair à l’Elysée du très françafricain Idriss Déby, l’Observatoire, programme commun de la FIDH et de l’OMCT, nous alerte sur de nouvelles violations des droits humains dans ce pré carré de l’armée française. A en juger par son silence, Nicolas Sarkozy, qui a renoncé à réclamer la lumière sur la disparition, début février 2008, de l’opposant Ibni Oumar Saleh, semble faire bien peu de cas de 2 militants de la société civile tchadienne menacés de morts et espionnés. Sans doute est-il plus préoccupé par les accords commerciaux avec le régime tchadien, tel que les contrats de vente d’armes françaises à Ndjamena, qui ont progressé de 50 % en 2008 pour atteindre près de 13 millions d’euros.

APPEL URGENT - L’OBSERVATOIRE

L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.

Tentative d’assassinat / Menaces pour la sécurité / Surveillance

Tchad

22 octobre 2009

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Tchad.

Description de la situation :

L’Observatoire a été informé de sources fiables d’une tentative d’assassinat à l’encontre de M. Michel Barka, président de l’Union syndicale du Tchad (UST), et d’actes de surveillance menés contre M. Massalabaye Tenebaye, président de la Ligue tchadienne des droits de l’Homme (LTDH).

Selon les informations reçues, le 13 octobre 2009 vers 19h, alors qu’il se trouvait au volant de son véhicule, M. Michel Barka a été suivi par plusieurs véhicules banalisés. Une personne en civil sans aucune identification s’est ensuite interposée au milieu de la route, lui barrant le chemin. Afin d’échapper à ce qu’il craignait être une arrestation illégale, M. Barka a tourné dans une rue perpendiculaire et a alors été pris en filature par un motocycle. Lorsque M. Barka s’est arrêté, le conducteur du motocycle a brandi une arme de poing en direction du véhicule de M. Barka, qui a réussi à prendre la fuite.

Le même jour, alors qu’il sortait des locaux de la LTDH pour rencontrer un partenaire international, M. Massalabaye Tenebaye a constaté qu’il faisait l’objet d’une filature jusqu’à son domicile, fait qui s’est répété le 14 octobre au matin.

M. Michel Barka et M. Massalabaye Tenebaye se sont rendus en février 2009 à Paris et à Bruxelles en tant que délégués du Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation (CSAPR), où ils ont alerté les autorités françaises et les représentants de l’Union Européenne au sujet de la situation politique et sécuritaire au Tchad. Ils ont notamment témoigné des blocages de la mise en oeuvre des recommendations de la Commission d’enquête établie pour faire toute la lumière sur les violations des droits de l’Homme perpétrées lors de la tentative de coup d’Etat en février 2008.

Le 20 octobre 2009, suite à l’agression dont M. Barka a été victime et la filature dont M. Tenebaye a fait l’objet, M.Tenebaye a été reçu par le ministre tchadien de l’Intérieur et de la sécurité publique, accompagné du directeur de la Police Nationale, du directeur de la Sécurité Publique et du directeur des Renseignements Généraux, qui ont assuré qu’ils prendraient toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de M. Barka et de M. Tenebaye ainsi que l’ouverture d’une enquête approfondie sur les faits.

L’Observatoire exprime sa plus vive préoccupation et son inquiétude pour l’intégrité physique et psychologique de M. Michel Barka et de M. Massalabaye Tenebaye ainsi que pour celle de tous les défenseurs des droits de l’Homme au Tchad, et rappelle aux autorités tchadiennes leur obligation de protéger les défenseurs des droits de l’Homme conformément à l’article 12.2 de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités tchadiennes en leur demandant de :

i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de M. Michel Barka et de M. Massalabaye Tenebaye ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme tchadiens ;

ii. Mener effectivement une enquête exhaustive, indépendante et impartiale sur les faits décrits ci-dessus, ce afin d’identifier les responsables, de les traduire devant un tribunal civil indépendant, compétent et impartial et d’appliquer les sanctions pénales, civiles et/ou administratives prévues par la loi ;

iii. Veiller à ce qu’un terme soit mis à toute forme de menaces et de harcèlement à l’encontre de M. Michel Barka, de M. Massalabaye Tenebaye et de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme tchadiens ;

iv. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 qui stipule que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales aux niveaux national et international” et son article 12.2 qui prévoit que “l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;

v. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Tchad.

Adresses

M. Idriss Deby, Président de la République, Présidence de la République, B.P. 74 N’Djamena, Tchad, Fax : (235) 51 45 01

M. Youssouf Saleh Abbas, Premier Ministre, Primature N’Djamena, Tchad, Fax (235) 52 20 89, Email : cpcprimt(a)intnet.td

M. Jean Bawoyeu Alingue, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Ministère de la Justice BP. 426 N’Djaménal, Tchad, Tel./Fax (235) 52 21 39

M. Ahmat Mahamat Bachir, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, BP. 742 N’Djaména, Tchad, Tel/Fax : (235) 51 71 59

Ambassadeur M. Malloum Bamanga Abbas, Mission permanente de la République du Tchad auprès de l’Office des Nations unies à Genève, rue Tronchin 14, 1202 Genève, Suisse, E-mail : mission.tchad(a)bluewin.ch, Fax : +41 22 774 25 27

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Tchad dans vos pays respectifs.

18.10.2009

FRANCE-TCHAD / Rencontre entre N. Sarkozy et Idriss Deby Itno: déclaration des ONG

Debysarko.jpgParis, 16 octobre 2009 - La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), Human Rights Watch (HRW) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) appellent Nicolas Sarkozy à exiger du président tchadien Idriss Deby Itno, lors de leur entretien privé cet après-midi à l’Elysée, qu’il mette fin à l’impunité au Tchad et fasse toute la lumière quant aux graves violations des droits de l’homme perpétrées lors de la tentative de coup d’état à Ndjamena le 2 février 2008. Selon ces organisations, N. Sarkozy s’est engagé auprès d’elles, avant sa visite au Tchad en février 2008, à plaider pour une accélération du processus démocratique et pour que toute la lumière soit faite sur le sort des opposants disparus.  Il a ensuite affirmé, le 27 février 2008 à Ndjamena : "La France veut la vérité et je ne céderai pas sur ce point. Ce n'est pas parce que le gouvernement du Tchad est légitime qu'il peut se permettre de faire n'importe quoi".

Une Commission d’enquête, mise en place pour faire la lumière sur les événements de février 2008 à Ndjamena a clairement établi la responsabilité de la garde présidentielle tchadienne dans la disparition forcée de M. Ibni Mahamat Saleh. Le comité des droits de l’Homme des Nations unies a par ailleurs rappelé au Tchad son obligation internationale de mettre fin à l’impunité et de traduire en justice tous les auteurs de violations des droits de l’Homme sur son territoire. Les ONG s’indignent qu’à ce jour les autorités tchadiennes n’aient pas donné suite aux conclusions de la Commission et qu’aucune réponse n’ait été apportée quant au sort de M. Saleh.

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), Human Rights Watch et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) demandent donc à la France d’appeler le gouvernement tchadien à mettre en œuvre le plus rapidement possible les recommandations du Comité des droits de l’Homme comme celles de la Commission nationale d’enquête de 2008.

Citations ONG

· Jean Pierre Dubois, Ligue des Droits de l’Homme : « La disparition non-élucidée d'Ibni Oumar Mahamat Saleh est un obstacle majeur à la résolution de l'instabilité politique au Tchad. Comme elle l'avait promis par la voix du président Sarkozy, la France doit mettre tout son poids dans la balance pour que la lumière soit faite sur le cas d'Ibni Mahamat Saleh, mais aussi pour débloquer les pourparlers politiques en intégrant les politico-militaires sous peine de voir les attaques contre le régime d’Idriss Deby Itno se répéter avec leur lot de violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire. »

· Jean Marie Fardeau, Human Rights Watch : « Nicolas Sarkozy a exigé la vérité au Tchad et Carla Bruni a rencontré la veuve d’Ibni Mahamat Saleh lui assurant l’engagement de la France. Plus d’un an et demi après les faits, aucune avancée n’a été réalisée depuis la remise d’un rapport accablant de la commission tchadienne d’enquête. Personne ne sait ce qu’il est advenu de M. Saleh. Il est du devoir de Nicolas Sarkozy de demander à nouveau des comptes au président Déby.»

Personnes disponibles pour interview :

-          Massalabaye Tenebaye, Président de la Ligue Tchadienne des droits de l’Homme

-          Jean Pierre Dubois, Président de la Ligue des Droits de l’Homme

-          Souhayr Belhassen, Président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme

Contact : Florent Geel, responsable programme Afrique, 06 48 05 93 23

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Aldine FURIO

Crisis Action (France)

Tel: +33 (0)9 63 53 73 14

06.10.2009

Guinée - 2006, 2007, 2009 : les massacres se succèdent, l’impunité demeure

 Communiqué, le 6 octobre 2009

L’association Survie condamne avec force le massacre du lundi 28 septembre à Conakry en Guinée et soutient sans réserve les mouvements de la société civile dans son combat pour la démocratie et la justice. Survie dénonce la grande tolérance de la diplomatie française à l’égard des exactions des régimes guinéens depuis plusieurs décennies.
Plus de 150 morts, plus de 1000 blessés, des dizaines de viols et d'arrestations : c’est le terrifiant bilan de la répression sanglante, opérée au grand jour par l’armée guinéenne, du meeting pacifique organisé à Conakry par des mouvements de la société civile guinéenne pour rappeler l’engagement du capitaine putschiste Moussa Dadis Camara de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de janvier 2010.
Ces victimes s’ajoutent à celles des mouvements sociaux réprimés en 2006 et en janvier 2007 avec la même sauvagerie par des soudards sans foi ni loi confortés par des décennies d’exercice d’un pouvoir militaire aux crimes restés impunis.
Préoccupée par le sort des populations guinéennes et par le risque que l’arbitraire triomphe une nouvelle fois des mobilisations réclamant un Etat de droit en Guinée, l’association Survie :
1/ se montre attentive quant au rôle joué par la France dans cette crise politique et dénonce la grande tolérance de notre diplomatie à l’égard des exactions des régimes guinéens depuis plusieurs décennies.
Après la rupture historique du lendemain du référendum de 1958, un rapprochement franco-guinéen opéré dans les années 1980 a conduit la France à soutenir militairement et diplomatiquement le régime de Lansana Conté. La visite symbolique de Jacques Chirac en 1999 à Conakry, peu après la mascarade électorale qui avait vu l’opposant Alpha Condé privé de sa victoire à la présidentielle, a ainsi constitué un des temps fort d’un certain « renouveau » de la relation franco-guinéenne.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la politique de la « Françafrique décomplexée », qui repose sur une défense inconditionnelle des positions économiques acquises (Gabon, Congo, Tchad …) ou à conquérir (Libye, RDCongo, Angola, Afrique du Sud ...) a placé la Guinée parmi les territoires de prospection pour les entreprises françaises.
Ceci amène notre association à :
- douter sérieusement des « vraies fausses » pressions exercées par la France à l’égard de la junte guinéenne. Celles-ci sont en outre décrédibilisées par le fait qu'Alain Joyandet s'est rendu cet été à Conakry pour tenter de convaincre Dadis Camara de ne pas se présenter à la présidentielle, quelques jours à peine après avoir félicité le général Abdel Aziz qui venait de mettre en oeuvre en Mauritanie le même scénario que Dadis Camara ;
- dénoncer le rôle joué par des émissaires d’une diplomatie parallèle sans mandat officiel, à l’instar du député Patrick Balkany, partisan déclaré de la candidature de Dadis Camara à la présidentielle ;
- réclamer la fin (et non la simple suspension) de la coopération militaire française (2 millions d'euros par an, dont 9 coopérants encadrant les officiers de l'armée guinéenne, depuis 2007) ainsi que l’arrêt de toute vente d’armes françaises au régime ;
- demander aux parlementaires français de réclamer que la lumière soit faite sur la stratégie menée par la diplomatie française à l’égard du régime guinéen et sur les soutiens apportés à celui-ci (coopération militaire, économique, ventes d’armes, etc.), en particulier depuis les exactions de 2006 ;

2/ se fait le relais des revendications des mouvements de la société civile guinéenne, rassemblés en particulier au sein des Forces Vives de Guinée pour exiger : 

- la fin de la répression à l’égard des opposants, caractérisée d’après les témoins directs par des centaines d’arrestations mais aussi par des disparitions et des exécutions extra judiciaires ;

- la libération des prisonniers faits par les militaires pendant et après la manifestation du 28 septembre ;

-l’ouverture d'une enquête internationale et d'une procédure judiciaire devant les tribunaux internationaux pour déterminer les responsabilités dans les massacres et poursuivre les coupables, auteurs et commanditaires ;

-la conduite par la communauté internationale d’un dialogue afin de déterminer l’opportunité de recourir à l’intervention d'une force internationale visant à protéger les populations des exactions des militaires et sécuriser les conditions d’un processus électoral libre et transparent ;

-le rejet du mandat de médiateur confié au président burkinabé Blaise Compaoré, lui-même impliqué dans un certain nombre de conflits sanglants ayant endeuillé la sous-région (Libéria, Côte d’Ivoire) et coutumier de la fraude électorale dans son propre pays. Les Guinéens proposent déjà des alternatives plus crédibles comme Alpha Omar Konaré ;

3/ exprime son inquiétude et sa vigilance concernant :

-la volonté réelle de la communauté internationale d'agir pour protéger le peuple guinéen, inquiétude confortée par l'impunité restée de mise après les tueries de 2006 et 2007 ;

-le rôle des multinationales (minières et autres) engagées en Guinée qui peuvent, comme dans d’autres crises dans la sous-région, être tentées de soutenir et financer telle ou telle partie susceptible de garantir le maintien de leur rentes.

-le rôle, constaté par des témoins des massacres du 28 septembre, joué par des mercenaires libériens au sein ou en marge de l'armée guinéenne, qui renvoient au souvenir de conflits sous-régionaux de funeste mémoire.

 Enfin, préoccupée par le symbole que l'impunité en Guinée après de telles exactions pourrait véhiculer dans le reste de l'Afrique, dans un contexte de régression des mouvements de transition démocratique amorcés dans les années 90, l’association Survie appelle à un mouvement de solidarité et de dialogue avec toute les sociétés civiles confrontées à la perpétuation ou au retour de régimes autoritaires au Gabon, au Congo, au Togo, en Mauritanie et au Niger.

Contact presse: Stéphanie Dubois de Prisque stephanie.duboisdeprisque@survie.org Tel. : 01 44 61 03 25

26.09.2009

"Trop d'Africains ont comme idéal la ville coloniale"

Jean-Pierre Elong-Mbassi, porte-parole des Cités du continent.

C'est en Afrique que l'urbanisation du monde est aujourd'hui la plus violente. Sous l'effet de l'exode rural et d'une natalité très élevée, les villes y passeront de 350 millions d'habitants en 2005 à 1,2 milliard en 2050. Une explosion urbaine qui se propage sans planification, sans moyens et sans règles. En Afrique subsaharienne, 165 millions de citadins vivent déjà dans des bidonvilles.

Pour l'urbaniste camerounais Jean-Pierre Elong-Mbassi, secrétaire général de l'organisation Cités et gouvernements locaux unis d'Afrique, qui fédère les villes du continent, celles-ci souffrent du manque de décentralisation et de leur incapacité à dégager des ressources, mais surtout du refus des élites africaines de tenir un discours de responsabilité.

Comment expliquer que l'Afrique connaisse un développement urbain aussi anarchique ?

Personne ne sait gérer des villes qui doublent leur population tous les dix ans. Ce défi a été aggravé par une pensée anti-urbaine, selon laquelle les gens devaient retourner dans leurs campagnes d'origine. Ce courant a été encouragé en Afrique par la Banque mondiale, mais aussi par la France, avec deux conséquences.

D'une part on n'a pas pris la mesure de la croissance des villes, que les Etats ont toujours tendance à minorer, entre autres pour plaire à des bailleurs de fonds qui leur disent qu'ils ne peuvent pas assumer de telles métropoles.

Ensuite, on a imposé des frontières très strictes aux villes dans le vain espoir d'empêcher leur croissance, et donc créé de l'illégalité et des quartiers informels. Imaginez que moins d'un cinquième de la population urbaine habite la ville "officielle", en Afrique !

Les villes disposent-elles des compétences et des ressources pour gérer leur développement ?

Les collectivités locales se sont mises en place dans les années 1990, en pleine crise économique et politique. Les Etats n'avaient alors rempli les promesses de la modernité, héritées de la colonisation, que dans une ou deux villes. Les élus locaux ont été sommés de trouver des solutions, sans avoir les moyens de mettre de l'électricité, de l'eau courante et des routes goudronnées partout.

Il n'y a pas de décentralisation effective sur le continent africain. Les élus et les personnels locaux manquent de formation. Et il y a un problème de partage des ressources publiques, notamment fiscales : les Etats captent l'essentiel des moyens. En Europe, 40 % de la dépense publique est contrôlée par les collectivités. En Afrique, c'est moins de 5 %. Cela encourage les relations clientélistes avec le chef de l'Etat.

Certains observateurs craignent que la décentralisation démultiplie la corruption...


Au contraire, l'expérience prouve que le contrôle de la corruption est bien meilleur localement qu'au niveau national. Surtout, la décentralisation permet aux citoyens d'avoir leur mot à dire sur la vie locale, ce qui leur donne une raison de se soumettre à l'impôt. Pourquoi les Africains payeraient-ils des impôts ? Quand une école est construite, on leur dit que c'est un cadeau du président...

Pourquoi les villes d'Afrique n'arrivent-elles pas à collecter leurs propres ressources ?


Le principal défi pour les villes africaines, c'est de réussir à créer un marché foncier pour susciter des plus-values et extraire une rente foncière, seuls à même de financer la croissance urbaine. Seulement 5 % du territoire des villes est plus ou moins bien desservi par des services urbains. Pour améliorer ces services et suivre le rythme de la croissance urbaine, il faudrait investir 10 000 francs CFA par an et par habitant. Ça ne fait jamais que 15 euros. Mais ces 15 euros, on ne les a pas.

Le seul pays du continent où la ville finance la ville, c'est le Maroc. Ailleurs, les municipalités n'ont aucune autorité sur l'usage du sol et n'en tirent aucun revenu. Soit les Etats gardent tout le contrôle, soit, très souvent, ce sont les chefs coutumiers qui ont la maîtrise des terres, empêchent la création d'un marché foncier et précipitent la formation de quartiers informels.

Peut-on voir émerger un modèle de ville africaine qui ne soit pas un bidonville ?


La vraie question serait de savoir quelle ville veulent les Africains, sachant qu'ils devront la payer. Quelle qualité de services urbains ? En combien de temps ? Avec quel mode de financement ? On commence à raisonner de manière réaliste quand on sait qu'on doit payer. Malheureusement, ce grand débat démocratique n'a jamais lieu en Afrique. Les citoyens ne sont pas préparés à ce discours de vérité. C'est plus facile pour les hommes politiques de promettre à tous un morceau de Paris. Trop d'Africains ont encore comme idéal la cité coloniale, la ville héritée.


Propos recueillis par Grégoire Allix

Le monde.

15.09.2009

À Paris, les anti-Bongo fustigent la Françafrique

Des Gabonais ont battu le pavé parisien, ce samedi, pour dénoncer le résultat de l'élection présidentielle du 3 septembre qui a porté Ali Bongo, fils du défunt président Omar Bongo Ondimba, au pouvoir.

C’est sur le parvis des droits de l'Homme, à Paris, que les Gabonais de la diaspora sont venus dénoncer ce qu'ils considèrent comme un coup d'Etat électoral, après l'annonce de la victoire d'Ali Ben Bongo à la présidentielle du 3 septembre dernier.

"Nous sommes en colère aujourd'hui car le peuple gabonais dans sa majorité s'est vu imposer un président qu'il n'a pas du tout choisi dans les urnes", explique Yolande Bazegue, coordinatrice de la plateforme de veille et d'actions pour les élections libres et transparentes.

  Du simple citoyen aux partisans des candidats malheureux, tous réclament une nouvelle vérification des procès-verbaux et dénoncent l'interdiction de sortie du territoire infligée aux chefs de l'opposition accusés d'être à l'origine des violences qui ont secoué Port-Gentil au lendemain de l'élection d'Ali Ben Bongo à la présidence.

  Pour Mengue M'eyaa, présidente du Mouvement civique du Gabon, soutien du candidat Pierre Mamboundou, l'attitude de Libreville témoigne d'un "recul des libertés individuelles". "Il est  inacceptable que les candidats à la présidentielle n'aient pas le droit d'aller et venir. Il est inacceptable que ces candidats soient menacés, soient terrorisés."

Au même moment, d'autres Gabonais battent le pavé parisien. Arpentant les rues qui mènent à l'Elysée,  symbole, selon eux, de la Françafrique."Le Gabon n'est qu'une illustration parmi d'autres et nous ne voulons pas que ça continue. Cela fait plus de 40 ans que ce genre de système persiste. Aujourd'hui on dit 'Non'", explique Renée Clément du collectif Les anges gardiens de l'Afrique.Si les manifestants n'ont pu se rendre devant le palais présidentiel, ils ont toutefois rallié d'autres Africains de la diaspora à leur cause, comme ces quelques Malgaches qui espèrent de la France qu’elle ne reconnaisse pas ceux qui ont le pouvoir dans leur pays.

France 24

09.09.2009

ACTUS dénonce le Hold-up électoral au Gabon

Gabon: l’Impérialisme français a repris le haut du pavé en déniant au peuple la démocratie.

l’ACTUS-prpe exprime  au préalable sa compension aux familles des victimes de la répression policière. Notre Parti adresse sa solidarité militante au peuple frère du Gabon  dans sa légitime lutte contre toute forme de dictature afin d’instaurer une véritable démocratie et indépendance nationale.

Le peuple gabonais mais aussi les africains qui aspirent à la démocratie en luttant pour la fin des dictatures ont reçu un coup de massue le jeudi 3 septembre 2009. La proclamation tardive des résultats de l’élection présidentielle  après de multiples tractations obscures, octroie la victoire au fils du Président défunt Omar Bongo Odimba: Mr. Ali  Bongo Odimba, ex-ministre de la Défense recueille 41,73% de voix tandis que les deux adversaires majoritaires comptabilisent respectivement 25, 88% pour André Mba Obame et 25,22% en faveur de Pierre Mamboundou.

Après 42 ans de pouvoir sans partage et sans discontinuité du Président Omar Bongo Odimba, Doyen des Chefs d’Etat, imposé militairement aux Gabonais par l’impérialisme français, le Peuple s’était mobilisé pour  tourner enfin la page de la « dynastie Bongo ». Cependant, hélas la Françafrique dont l’ex Président était le patriarche en Afrique, ne l’entend pas de cette oreille : tous les moyens ont été mobilisés pour usurper la victoire du Peuple en imposant le candidat Ali Bongo Odimba, garant de la continuité et de la domination coloniale de la France sur ce riche pays africain. .                                       

La prétendue élection présidentielle «démocratique» au Gabon n’a été qu’un véritable hold-up, un coup d’état électoral… selon la majorité du Peuple gabonais qui a exprimé massivement sa colère  en s’attaquant au symbole de la France et ses intérêts  représentés par de nombreuses entreprises françaises dont Bouygues, Bolloré,Areva,Total, BNP, Rougier, Eramet,Veolia, Crédit lyonnais, Axa…

 

Sur une population d’environ 1.331.138 habitants, la Françafrique a amplifié le corps électoral à 820.000 électeurs afin de s’assurer la victoire par le bourrage des urnes. Ce chiffre qui est contraire aux normes généralement admises en démocratie n’a suscité aucune observation du Gouvernement français, partie prenante dans cette mascarade d’élection présidentielle. Au Gabon l’âge requis pour voter est de 21 ans et selon les statistiques démographiques, environ  40% de la population a moins de 21 ans. La machine à frauder de la Françafrique a inventé un corps électoral qui défit toute logique humaine. Ce fait sera confirmé plus tard par Mr. Antoine Glaser Directeur de la publication, La Lettre du Continent. Ce dernier affirma dans une interview à BBC le 5 septembre 2009  ces cruelles vérités : « Tout le monde savait qu’Ali Bongo allait passer de gré ou de Force.  Il se prépare depuis 1986. Il avait été déjà à Matignon annoncé à l’époque à Jacques Chirac qu’il voulait succéder à son père et en fait depuis 10 ans Ministre de la défense. Il veut absolument être Président en succédant à son père »

 

Le Candidat Ali Bongo Odimba au pouvoir dispose de l’appareil d’état, contrôle la Commission Electorale Nationale autonome et Permanente (CENAP, composée majoritairement de militants du Parti au pouvoir, le Parti Démocratique Gabonais, le PDG) et les médias officielles. Le quotidien Le Monde du 3 septembre 2009 écrivait : « Dans la nuit de mardi à mercredi, un commando de cinq hommes cagoulés a mitraillé à l'arme automatique la station d'émission satellite de Go Africa. Cette chaîne de télévision tentait de prendre le relai de TV+, la chaîne appartenant à l'opposant André Mba Obame, dont la diffusion est interdite depuis dimanche, jour du vote ». Cette atteinte de la liberté de presse et de surcroît en période électorale n’a suscité une fois de plus aucune réaction du gouvernement français qui demeure aphone et aveugle. Pour ce dernier, l’infantilisation, l’humiliation et la domination des africains de son pré-carré est une tradition solidement ancrée car toutes les règles élémentaires de démocratie ne sont pas destinées aux indigènes noirs qui demeurent encore immature.

 

Aussitôt après la proclamation des résultats imposés par l’impérialisme français, nous assistons à une vigoureuse mise en garde, une menace à peine voilée de frappe militaire contre la population révoltée émanant du Secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, Mr. Alain Joyandet. Interrogé sur RTL,  le Ministre a déclaré  que les troupes françaises stationnées au Gabon comptent environ un millier d'hommes. Elles  sont prêtes à intervenir si des ressortissants français et les intérêts de l’hexagone sont menacés. L’ordre colonial doit être maintenu  par tous les moyens grâce aux troupes françaises de la 6è BIMA  basées dans le pays. Signalons qu’en 1990, ces mêmes troupes françaises d’occupation ont réprimé sauvagement  dans le sang la révolte populaire des jeunes  qui contestaient les élections frauduleuses qui ont permis de perpétuer le pouvoir du Président Omar Bongo Odimba.

 

Les multiples interventions de l’armée française pour soutenir et pérenniser les dictateurs contre la volonté des Peuples africains sont devenues une tradition hexagonale  sous tous les gouvernements aux bords de la seine. Le Peuple tchadien vit avec colère et amertume sous la plus cruelle tyrannie d’Afrique du Général-Président Déby imposé par la France depuis 19 ans. Ce dernier fut sauvé in extremis  à plusieurs  reprises grâce aux interventions de l’Armée française contre les percées militaires foudroyantes des Forces de résistance nationale.

 

Dans la lignée des preuves de cette mascarade d’élection présidentielle, nous retenons la déclaration de la Présidente de l’Association Survie (fondée par François-Xavier Vershave), Mme Odile Biyidi (Veuve du militant panafricain et pionnier pourfendeur de la Françafrique, Mongo Béti) au quotidien  Le Monde du 04 septembre : « Les premières constatations dans les bureaux montraient une avance considérable des deux candidats d'opposition (Pierre Maboundou et André Mba Obame) et Ali Bongo arrivait assez loin en troisième position. Ce résultat est un coup de force. Il n'a même pas été annoncé à l'unanimité car le procès verbal n'a pas été signé par tous les membres de la commission. Il y a eu beaucoup d'affrontement au sein de cet organe qui a longtemps tergiversé pour remettre les résultats. Quoi qu'il en soit, la décision finale n'apparaît pas très correcte et légale ».

 

Le pétrole, le manganèse , l’uranium, la riche forêt gabonaise, sa faune…sont contrôlés et pillés par les sociétés françaises, la position géostratégique du pays pour les expéditions punitives coloniales des troupes d’occupations françaises qui y stationnent depuis la période coloniale à ce jour à l’instar de celles du Tchad, sont autant de preuves qui démontrent si besoin en était de l’immuable politique de domination et d’asservissement des 14 pays du pré carré en général et du Gabon en particulier.

 

Face à la révolte des Peuples contre la Françafrique et le maintien de l’ordre colonial dans le pré-carré, la France instaure une nouvelle pratique politique africaine édulcorée, « la dynastie familiale républicaine ». Les pseudos élections présidentielles démocratiques sont organisées à tour de bras afin  de légitimer les fils et autres progénitures des anciens présidents de la Françafrique décédés. Le cas du Togo  vient d’être suivi de celui du Gabon. Cette réaction criminelle en chaîne inspirerait incontestablement d’autres dictateurs de la Françafrique au Tchad, en Centrafrique, au Cameroun, au Congo Brazzaville avec la bienveillance  de  la métropole. Il appartient à ces Peuples de se préparer afin de bloquer par tous les moyens, voire enrayer la marche de cette machine infernale, en l’occurrence la Françafrique car il y va de la survie des populations de ces entités africaines. 

 

Dans ces conditions de déni permanent de démocratie (solution pacifique), d’humiliation, de coup d’état permanent françafricaine, de pillages systématiques des ressources des pays par les réseaux de la Françafrique..., les Peuples révoltés ont le droit de réclamer leurs droits et de les arracher par la violence, légitime réaction aux crimes organisés contre eux. C’est notamment le cas du Tchad où les Forces de résistance de l’UFR se battent vaillamment  les armes à la main contre le dictateur Déby depuis de nombreuses années.

 

Le maintien de l’ordre colonial et la préservation des intérêts ou pillages des ressources du Gabon par la France, impliquent le massacre du peuple insurgé. En effet, deux personnes ont été tuées par balles parmi lesquels un élève de 18 ans Thierry Mombo. Les contestations populaires se poursuivent trois jour après la proclamation des résultats et ce malgré le couvre-feu.(Cf.La nouvelle République du 06 septembre). Ulcéré par l’attitude criminelle de l’hexagone qui a été le cerveau de ce coup d’état électoral, l’opposant gabonais  Bruno Ben MOUBAMBA  a déclaré : «  Moi, Bruno Ben MOUBAMBA, j'accuse la France d'être derrière le coup d'Etat en cours au Gabon et je dis au Président Français Nicolas SARKOZY qu'il n'est pas dans l'intérêt de la France d'agir comme elle le fait pour le moment»                         

Interrogé par Sylvain Attal, journaliste à la Télévision  France 24, le 19 août dernier, un autre opposant Pierre MAMBOUNDOU, excédé par une certaine presse qui mène une campagne insidieuse en faveur du candidat Ali Bongo Odimba, rétorqua énergiquement : « Ali Bongo n’est favori de personne ici au Gabon. Il faut que cela soit clair. Il est peut-être favori pour France 24 mais pas pour les Gabonais ».

L’implication flagrante et manifeste de la France dans ce coup de Force électorale a été aussi étayée par l’un  des cerveaux des réseaux de la Françafrique, Robert Bourgi, ami des Présidents Sarkozy, de Bongo père et fils qui n’hésita pas à déclarer avec orgueil : « Je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy », insiste-t-il. Cet été, il a mis toute son énergie au service de l'élection de son poulain, Ali Ben Bongo, fils et héritier du président défunt qu'il présente comme « le meilleur  défenseur des intérêts français dans tous les domaines ». « Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo, explique-t-il en souriant. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy ». De façon subliminale, l'électeur le comprendra."  (Cf. Le Monde du 31 août 2009)

Les descendants de ces valeureux soldats africains (appelés Tirailleurs sénégalais) qui ont libéré la France de la servitude des Nazis ont aussi le droit de vivre à l’instar du peuple français en toute liberté, en démocratie et d’utiliser rationnellement pour leur bien-être les richesses  naturelles dont l’Afrique est dotée. Il est inacceptable qu’une poignée d’individus, Membres des réseaux de la Françafrique et sous le patronage des gouvernements français successifs, maintiennent sous une chape de plomb pendant des décennies des Peuples entiers dans la misère sans précédent. 

Face aux crimes contre l’humanité de la Françafrique dans le pré-carré de la France parmi lesquels les événements dramatiques en cours au Gabon, notre Parti, Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme /Parti Révolutionnaire Populaire et Écologique (ACTUS / prpe) déclare ce qui suit :

-       exprime  sa solidarité militante au peuple frère du Gabon  dans sa légitime lutte  contre toute forme de dictature afin d’instaurer une véritable démocratie et indépendance nationale

-       condamne l’impérialisme français qui dénie au peuple gabonais le droit à la démocratie, son libre choix de  régime politique et son avenir en imposant  aujourd’hui après 42 ans du règne du Président Omar Bongo  celui de son fils Ali Bongo

-       exige  le retrait inconditionnel, immédiat et la fermeture des bases militaires françaises d’Afrique qui maintiennent l’ordre colonial et servent de bouclier et renforcent les dictateurs imposés aux peuples par la France

-       appelle tous les peuples africains à une solidarité militante, unitaire de lutte contre l’asservissement, les pillages, les humiliations, le mépris, les crimes contre l’humanité…dont notre continent continue d’être victime des puissances impérialistes.

-       recommande à tous les activistes et patriotes africains de poursuivre le combat de libération et de dignité, lancé par les illustres fils d’Afrique (Patrice Lumumba, Amilcar Cabral ,Thomas Sankara, Marien Nguabi, Houari Boumediene, Agostino Neto, Samora Machel, Sékou Touré, Kuamé Nkrumah, Nasser, Nyombé, Félix Moumié, Olympio, Nkrumah, Sékou Touré, Steve Biko, Um Nyobè, Tavio Amorin, Ouandié, Félix Moumié, Cheick Anta Diop, Edouardo Mondlane…, ) dont certains furent assassinés par l’impérialisme qui n’accepterait jamais une véritable indépendance politique, économique et militaire de notre continent afin de sauvegarder leurs intérêts (pillages) avec la complicité de leurs valets dictateurs imposés aux présidences de nos pays.

-       lance un appel solennel à tous les Peuples africains  et aux patriotes activistes de jeter toutes leurs forces dans la bataille pour la réalisation rapide des Etats-Unis d’Afrique (EUA), seule garanti d’une véritable indépendance de notre Continent par conséquent de notre existence sur l’échiquier politique international.

Le 6 Septembre 2009

Pour  l’Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme                                                                                  Parti Révolutionnaire Populaire et Écologique (ACTUS / prpe)                 

Le Secrétaire  Général                                                                               

Dr LEY-NGARDIGAL  Djimadoum

08.09.2009

Deux étudiants Kenyans chargent leur portable en pédalant leur vélo

Source : http://www.bbc.co.uk/french/highlights/story/2009/07/0907...

Charger son portable en pédalant son vélo

Deux étudiants Kenyans espèrent mettre sur le marché un appareil qui permet aux cyclistes de charger leurs téléphones portables.

Jeremiah Murimi et Pascal Katana, âgés respectivement de 24 et 22 ans, 22, indiquent qu’ils souhaitent que leur "smart charger" [chargeur intelligent] alimenté par une dynamo, aide les personnes vivant dans les zones rurales sans électricités.

"Nous venons tous deux de villages et nous connaissons le problème", a déclaré Jeremiah Murimi à la BBC.

Les gens doivent parcourir de longues distances pour aller faire charger, à deux dollars, leurs téléphones grâce a des batteries de voiture ou des panneaux solaires.

"L’appareil est si petit qu’ont peut le mettre dans sa poche avec son téléphone tout en pédalant son vélo", explique M. Murimi.

On estime que quelque 17,5 millions de Kenyans sur une population de 38,5 millions de personnes possède un téléphone portable contre 200 000 en 2000.

Des appareils semblables existent dans d’autres pays mais ils ne sont pas disponibles au Kenya.

Les deux étudiants en électrotechnique à l’université de Nairobi travaillent sur leur invention, qu’ils vendent à 350 shillings Kenyan ($4,50) la pièce, depuis quelques mois pendant leurs congés.

Au Kenya, les vélos sont vendus avec des dynamos qui produisent de l’énergie, en se frottant à la roue arrière, pour alimenter les phares.

La dynamo pourrait être connectée au chargeur du téléphone portable, expliquent-t-ils.

Selon Jeremiah Katana, il faut pédaler le vélo pendant une heure pour entièrement charger le téléphone, le même temps qu’il faut pour le charger avec l’énergie électrique.

La correspondante de la BBC, Ruth Nesoba, a pu vérifier l’expérience en parcourant une petite distance à bicyclette.

Les étudiants ont recyclé des pièces détachées de vieux appareils électroniques pour leur projet.

Ils ont expérimenté leur invention avec des employés de l’université possédant des bicyclettes dont le chargé de sécurité, David Nyangoro.

"J’utilise beaucoup le vélo quand je suis chez moi en milieu rural, où nous nous déplacent beaucoup", dit David.

"C’est très cher ces jours-ci de faire charger un téléphone. J’espère que le nouveau chargeur sera plus économique, sachant qu’une fois qu’on l’a acheté, les choses deviennent plus facile et il n’y a plus de dépenses".

Jeremiah Murimi indique qu’ils n’ont, pour l’instant, fabriqué que deux chargeurs mais qu’ils sont en train d’en faire cinq autres pour des personnes qui ont vu la démonstration.

"Une organisation non gouvernementale dans l’ouest du Kenya en a commandés 15 afin de voir si l’appareil est leur populaire en milieu rural", indique-t-il.

Les deux amis vont entamer leur cinquième et dernière année d’étude à l’université en septembre.

"Nous n’avons pas l’intention d’arrêter nos études", a annoncé Murimi.

Le Conseil national pour la science et la technologie du Kenya a apporté son soutien au projet et les étudiants espèrent trouver un moyen pour lancer une production à grande échelle de leur "chargeur intelligent".

07.09.2009

L'ancien président Patassé de retour au Centrafrique

L'ex-président centrafricain Ange-Félix Patassé, exilé au Togo depuis 2003, a annoncé son retour au pays, jeudi 27 août. "Le temps est venu pour que je regagne mon pays natal, où le peuple m'attend", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à son domicile de Lomé.

h_9_ill_1232702_8cb9_patasse.jpgM. Patassé, président de la République centrafricaine de 1999 à mars 2003, a expliqué sa décision en annonçant qu'il était "potentiellement candidat à la présidentielle de 2010 parce qu'il y a un grand courant au Centrafrique qui me demande de me représenter". "Je repars tout confiant avec un sentiment de reconnaissance envers le peuple togolais pour son hospitalité", a-t-il poursuivi, précisant qu'il serait à Bangui dès samedi.

Ange-Félix Patassé a été renversé par l'actuel chef de l'Etat, François Bozizé, le 15 mars 2003, et vit depuis en exil au Togo. Réagissant à son exclusion du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), parti qu'il a fondé en 1962, M. Patassé a affirmé en être toujours le président. "Quand je serai à Bangui, tout rentrera dans l'ordre", a-t-il dit.

Le MLPC avait annoncé en 2006 avoir suspendu l'ancien président de toute activité politique pour "non-respect de la ligne directrice du parti". Ce parti a investi en juin l'ex-premier ministre Martin Ziguélé au scrutin présidentiel de 2010.

M. Patassé était rentré à Bangui en décembre 2008 pendant un mois pour participer à un forum sur la paix qui a réuni gouvernement, opposition, société civile et rébellions centrafricains pour tenter de sortir le pays de plusieurs années de guerre civile. Le forum a préconisé l'organisation de législatives et d'une présidentielle "transparentes et équitables" en 2010, après des élections locales en 2009. Aucune date n'a encore été fixée.

LEMONDE.FR avec AFP

18.08.2009

La tuberculose résistante aux médicaments gagne du terrain

h_9_ill_821699_tuberculose.jpgMauvaise nouvelle sur le front de la lutte contre la tuberculose, qui tue chaque année environ 1,6 million de personnes dans le monde. Les souches bactériennes responsables de cette maladie respiratoire se montrent de plus en plus souvent capables de résister aux antibiotiques disponibles et gagnent du terrain. Cette tendance est-elle plutôt due à un mauvais suivi des traitements médicaux, qui permet à des mutants d'apparaître et de prendre le pas sur les bacilles sensibles aux médicaments ? Ou bien à la capacité naturelle de nouveaux "super-bacilles" à contaminer les humains ?

Cette seconde hypothèse, redoutée par le monde médical, semble confirmée par deux études récentes. La première, signée par une équipe australienne, montre que le coût métabolique de cette résistance ne se répercute pas sur la capacité du bacille de Koch à se transmettre d'un individu à l'autre. L'espoir était que les souches non résistantes garderaient l'avantage dans leur niche écologique, à savoir les deux tiers de l'humanité infectée de façon latente, où elles sommeillent en attendant de passer à l'attaque lors d'un fléchissement des défenses immunitaires. En cas de déclaration de la maladie, les médicaments seraient alors efficaces.

Malheureusement, ce schéma semble battu en brèche. Mark Tanaka (université de Nouvelle-Galles-du-Sud, Kensington, Australie) et ses collègues ont élaboré des modèles mathématiques, à partir de données portant sur des bactéries multirésistantes prélevées au Venezuela - qui depuis 1936 bénéficie d'un plan de lutte efficace contre la tuberculose -, à Cuba et en Estonie, où les efforts prophylactiques ont été beaucoup plus sporadiques.

Ces modèles montrent que la prévalence des souches résistantes qui ont émergé à Cuba et en Estonie n'est plus due à une défaillance dans l'administration des traitements médicaux, mais qu'elle est désormais attribuable à la transmission entre individus. La situation est différente au Venezuela, où les souches résistantes ont eu moins de temps pour évoluer et acquérir, par mutation, de meilleures capacités de transmission.

"Il s'agit d'un très bon article, inquiétant, dans la mesure où le modèle mathématique est probablement optimiste ", commente Northan Hurtado, de Médecins sans frontières (MSF). MSF vient de son côté de participer à une enquête de terrain en Géorgie qui corrobore ces projections. Dans la région d'Abkhazie, des souches multirésistantes ont été découvertes chez des individus qui n'avaient encore suivi aucun traitement antituberculeux. L'analyse génétique a montré qu'il s'agissait très fréquemment d'une souche originaire de Chine. Ces observations prouvent que celle-ci est hautement transmissible.

"C'est pourquoi il est urgent de disposer de nouvelles méthodes de détection rapide des souches multirésistantes, afin d'identifier les patients et de les traiter pour interrompre la transmission en cours dans l'ancienne Union soviétique", préviennent les chercheurs. A plus long terme, "l'ensemble du globe pourrait être concerné".

Le Monde du 16/08/09

Tanaka et al, in "PNAS" du 10 août ;

Bonnet et al, in "Tuberculosis", juillet 2009

 

07.08.2009

Discours de Barack H. Obama à Accra:" Il révient aux Africains de décider de l'avenir de l'Afrique"


Bon après-midi à tous. C'est un grand honneur pour moi d'être à Accra et de parler aux représentants du peuple ghanéen. Je suis très reconnaissant de l'accueil que j'ai reçu, tout comme le sont Michelle, Malia et Sasha Obama. L'histoire ghanéenne est riche, les liens entre nos deux pays sont forts, et je suis fier que ce soit ma première visite en Afrique subsaharienne en qualité de président des États-Unis d'Amérique.

Je voudrais remercier la présidente et tous les membres de la Chambre des représentants de nous accueillir aujourd'hui. Je voudrais remercier le président Mills pour ses qualités extraordinaires de direction. Aux anciens présidents - Jerry Rawlings, l'ancien président Kufuor - au vice-président, au président de la Cour suprême, je vous remercie tous pour votre hospitalité extraordinaire et pour les merveilleuses institutions que vous avez bâties au Ghana.

Je vous parle à la fin d'un long voyage. Je l'ai commencé en Russie par une réunion au sommet entre deux grandes puissances. Je me suis rendu en Italie pour la réunion des grandes puissances économiques du monde. Et me voici, enfin, au Ghana, pour une simple raison : le XXIe siècle sera influencé par ce qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais aussi à Accra.

C'est la simple vérité d'une époque où nos connexions font disparaître les frontières entre les peuples. Votre prospérité peut accroître la prospérité des États-Unis. Votre santé et votre sécurité peuvent contribuer à la santé et à la sécurité du monde. Et la force de votre démocratie peut contribuer à la progression des droits de l'homme pour tous les peuples.

Je ne considère donc pas les pays et les peuples d'Afrique comme un monde à part ; je considère l'Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l'avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. Ce partenariat doit se fonder sur la responsabilité mutuelle et sur le respect mutuel : c'est ce dont je tiens à vous parler aujourd'hui.

Nous devons partir du principe qu'il revient aux Africains de décider de l'avenir de l'Afrique.

Je dis cela en étant pleinement conscient du passé tragique qui hante parfois cette partie du monde. Après tout, j'ai du sang africain dans les veines, et l'histoire de ma famille englobe aussi bien les tragédies que les triomphes de l'histoire de l'Afrique dans son ensemble.

Certains d'entre vous savent que mon grand-père était cuisinier chez des Britanniques au Kénya, et bien qu'il fût un ancien respecté dans son village, ses employeurs l'ont appelé « boy » pendant la plus grande partie de sa vie. Il était à la périphérie des luttes en faveur de la libération du Kénya, mais il a quand même été incarcéré brièvement pendant la période de répression. Durant sa vie, le colonialisme n'était pas simplement la création de frontières artificielles ou de termes de l'échange inéquitables ; c'était quelque chose que l'on éprouvait dans sa vie personnelle jour après jour, année après année.

Mon père a grandi dans un tout petit village où il gardait des chèvres, à une distance impossible des universités américaines où il irait faire des études. Il est devenu adulte à un moment de promesse extraordinaire pour l'Afrique. Les luttes de la génération de son propre père ont donné naissance à de nouveaux États, en commençant ici au Ghana. Les Africains s'éduquaient et s'affirmaient d'une nouvelle façon. L'histoire était en marche.

Toutefois, malgré les progrès obtenus - et il y a eu des progrès considérables dans certaines parties de l'Afrique - nous savons aussi que cette promesse est encore loin de se réaliser. Des pays tels que le Kénya, dont le revenu par habitant était supérieur à celui de la Corée du Sud lorsque je suis né, ont été fortement distancés. Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain.

Dans de nombreux pays, l'espoir de la génération de mon père a cédé la place au cynisme, voire au désespoir. Certes, il est facile de pointer du doigt et de rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai qu'une carte coloniale qui n'avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l'Occident a souvent traité avec l'Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu'en partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats. Durant la vie de mon père, ce sont en partie le tribalisme et le népotisme dans un Kénya indépendant qui, pendant longtemps, ont fait dérailler sa carrière, et nous savons que cette forme de corruption est toujours un fait quotidien de la vie d'un trop grand nombre de personnes.

Or, nous savons que ce n'est pas là toute l'histoire. Ici au Ghana, vous nous montrez un aspect de l'Afrique qui est trop souvent négligé par un monde qui ne voit que les tragédies ou la nécessité d'une aide charitable. Le peuple ghanéen a travaillé dur pour consolider la démocratie, au moyen de passages pacifiques répétés du pouvoir, même à la suite d'élections très serrées. Et à cet égard, je voudrais dire que la minorité mérite tout autant de louanges que la majorité. Grâce à une meilleure gouvernance et au rôle de la société civile naissante, l'économie ghanéenne a enregistré un taux de croissance impressionnant.

Ce progrès ne possède sans doute pas l'aspect dramatique des luttes de libération du XXe siècle, mais que personne ne s'y trompe : il sera, en fin de compte, plus significatif. Car de même qu'il est important de se soustraire au contrôle d'une autre nation, il est encore plus important de se forger sa propre nation.

C'est pourquoi je suis convaincu que la période actuelle est tout aussi prometteuse pour le Ghana et pour l'Afrique que celle pendant laquelle mon père est devenu adulte et que de nouveaux États sont apparus. C'est une nouvelle période de grande promesse. Seulement cette fois-ci, nous avons appris que ce ne seront pas de grandes personnalités telles que Nkrumah et Kenyatta qui décideront du destin de l'Afrique. Ce sera vous, les hommes et les femmes du Parlement ghanéen et le peuple que vous représentez. Ce seront les jeunes, débordant de talent, d'énergie et d'espoir, qui pourront revendiquer l'avenir que tant de personnes des générations précédentes n'ont jamais réalisé.

Maintenant, pour réaliser cette promesse, nous devons tout d'abord reconnaître une vérité fondamentale à laquelle vous avez donné vie au Ghana, à savoir que le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est l'ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C'est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l'Afrique. Enfin, c'est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s'acquitter.

Quant aux États-Unis et au reste de l'Occident, notre engagement ne doit pas se mesurer uniquement à l'aune des dollars que nous dépensons. Je me suis engagé à augmenter fortement notre aide à l'étranger, ce qui correspond à l'intérêt de l'Afrique et à celui des États-Unis. Toutefois, le véritable signe de réussite n'est pas de savoir si nous sommes une source d'aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant bien que mal, mais si nous sommes des partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur.

Cette responsabilité mutuelle doit être le fondement de notre partenariat. Aujourd'hui, je parlerai tout particulièrement de quatre domaines qui sont essentiels pour l'avenir de l'Afrique et de tous les pays en développement : la démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des conflits.

Premièrement, nous devons soutenir les démocraties puissantes et durables.

Comme je l'ai dit au Caire, chaque nation façonne la démocratie à sa manière, conformément à ses traditions. Mais l'histoire prononce un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas.

Il ne s'agit pas seulement d'organiser des élections - il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l'économie pour s'enrichir personnellement, ou si des policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 , ou dans lequel le chef de l'autorité portuaire est corrompu. Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n'est pas de la démocratie, c'est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse.

En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens.

Les Ghanéens ont à maintes reprises préféré le droit constitutionnel à l'autocratie, et ont fait preuve d'un esprit démocratique qui permet à leur énergie de se manifester. Nous le voyons dans les dirigeants qui acceptent la défaite gracieusement - le fait que les concurrents du président Mills se tenaient là à ses côtés lorsque je suis descendu de l'avion en dit long sur le Ghana - et dans les vainqueurs qui résistent aux appels à l'exercice de leur pouvoir contre l'opposition de manière injuste. Nous voyons cet esprit se manifester dans les journalistes courageux comme Anas Aremeyaw Anas, qui a risqué sa vie pour relater la vérité. Nous le voyons dans des policiers comme Patience Quaye, qui a contribué à faire traduire en justice le premier trafiquant d'êtres humains au Ghana. Nous le voyons dans les jeunes qui s'élèvent contre le népotisme et qui participent à la vie politique.

Dans toute l'Afrique, nous avons vu de multiples exemples de gens qui prennent leur destinée en main et qui opèrent des changements à partir de la base. Nous l'avons vu au Kénya, où la société civile et le secteur privé se sont unis pour aider à stopper la violence postélectorale. Nous l'avons vu en Afrique du Sud, où plus des trois quarts des citoyens ont voté dans la dernière élection, la quatrième depuis la fin de l'apartheid. Nous l'avons vu au Zimbabwé, où le Réseau de soutien au vote a bravé la brutale répression pour faire valoir le principe selon lequel le droit de vote d'un citoyen est sacré.

Alors ne vous y trompez pas : l'histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d'État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions.

L'Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de gouvernement à aucune autre nation. La vérité essentielle de la démocratie est que chaque nation détermine elle-même son destin. Ce que fera l'Amérique, en revanche, ce sera d'accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l'accent sur l'appui à la bonne gouvernance : aux parlements, qui maîtrisent les abus de pouvoir et s'assurent que les voix de l'opposition peuvent s'exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l'égalité de tous devant la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient actifs dans la vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que l'expertise comptable, l'automatisation des services, le renforcement des lignes d'appel d'urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus afin de promouvoir la transparence, et la responsabilité.

Et cette aide, nous la fournissons. J'ai demandé à mon gouvernement d'accorder davantage d'attention à la corruption dans notre rapport sur les droits de l'homme. Tous les gens devraient avoir le droit de démarrer une entreprise ou d'obtenir une éducation sans avoir à verser de pots-de-vin. Nous avons le devoir de soutenir ceux qui agissent de façon responsable et d'isoler ceux qui ne le font pas, et c'est exactement ce que fera l'Amérique.

Cela nous conduit directement à notre deuxième domaine de coopération - le soutien à un développement qui offre des débouchés aux gens.

Avec une meilleure gouvernance, je ne doute pas que l'Afrique tiendra sa promesse de créer une plus vaste base pour la prospérité. Témoin en est le succès extraordinaire d'Africains dans mon propre pays d'Amérique. Ils se portent très bien. Ils ont donc le talent et ils possèdent l'esprit d'entreprise - la question est de savoir comment s'assurer qu'ils réussissent ici dans leur pays d'origine. Ce continent est riche en ressources naturelles. Et que ce soient des chefs d'entreprises spécialisées dans la téléphonie portable ou des petits agriculteurs, les Africains ont montré leur capacité et leur volonté de créer leurs propres possibilités. Mais il faut également rompre avec de vieilles habitudes. La dépendance vis-à-vis des matières premières - ou d'un seul produit d'exportation - a tendance à concentrer la richesse au sein d'une minorité, laissant la majorité vulnérable à la récession.

Au Ghana, par exemple, le pétrole crée de magnifiques possibilités, et vous vous êtes préparés à ces nouveaux revenus de façon responsable. Mais comme le savent de nombreux Ghanéens, le pétrole ne peut pas simplement remplacer le cacao. De la Corée du Sud à Singapour, l'histoire montre que les pays réussissent lorsqu'ils investissent dans la société et dans leur infrastructure ; lorsqu'ils multiplient les industries d'exportation, se dotent d'une main-d'oeuvre qualifiée et font de la place aux petites et moyennes entreprises créatrices d'emplois.

Alors que les Africains se rapprochent de cette promesse, l'Amérique va leur tendre la main de façon plus responsable. En réduisant les sommes qui vont aux consultants occidentaux et au gouvernement, nous voulons mettre plus de ressources entre les mains de ceux qui en ont besoin, tout en apprenant aux gens à faire plus pour eux-mêmes. C'est pourquoi notre initiative de 3,5 milliards de dollars en faveur de la sécurité alimentaire est axée sur de nouvelles méthodes et technologies agricoles, et non pas sur la simple expédition de biens et services américains vers l'Afrique. L'aide n'est pas une fin en soi. L'objectif de l'aide à l'étranger doit être de créer les conditions dans lesquelles elle ne sera plus nécessaire. Non seulement je veux voir les Ghanéens autosuffisants sur le plan alimentaire, je veux vous voir exporter des produits alimentaires à d'autres pays et gagner de l'argent. Cela, vous le pouvez.

Certes, l'Amérique peut faire plus pour promouvoir le commerce et les investissements. Les pays riches doivent réellement ouvrir leurs portes aux biens et services de l'Afrique d'une manière significative. Ce sera d'ailleurs un des engagements de mon gouvernement. Et là où il y a une bonne gouvernance, nous pouvons étendre la prospérité par le truchement de partenariats entre les secteurs public et privé qui investiront dans l'amélioration des routes et des réseaux électriques ; de programmes de formation qui apprendront aux gens comment développer leur entreprise ; et de services financiers non seulement pour les villes mais pour les régions pauvres et les zones rurales. Cela aussi dans notre propre intérêt - parce que si les gens se sortent de la pauvreté et que de la richesse se crée en Afrique, il s'ensuit que de nouveaux marchés s'ouvriront pour nos propres produits. Tout le monde y gagne.

Un secteur qui représente à la fois un danger indéniable et une promesse extraordinaire est celui de l'énergie. L'Afrique émet moins de gaz à effet de serre que toute autre région du monde, mais elle est la plus menacée par le changement climatique. Une planète qui se réchauffe propagera les maladies, réduira les ressources en eau, épuisera les récoltes, et créera les conditions favorables à plus de famine et plus de conflits. Nous avons tous - en particulier le monde développé - le devoir de ralentir ces tendances, en réduisant les effets du changement climatique et en changeant la façon dont nous utilisons l'énergie. Mais nous pouvons également coopérer avec les Africains pour transformer cette crise en occasion de progrès.

Ensemble, nous pouvons coopérer en faveur de notre planète et de la prospérité, et aider les pays à accroître leur accès à l'énergie tout en sautant, en contournant les phases les plus polluantes du développement. Pensez-y : dans l'ensemble de l'Afrique, il existe de l'énergie éolienne et solaire en abondance, ainsi que de l'énergie géothermique et des biocarburants. De la vallée du Rift aux déserts de l'Afrique du Nord ; de la côte de l'Afrique de l'Ouest aux récoltes de l'Afrique du Sud - les dons inépuisables que procure la nature à l'Afrique peuvent lui permettre de créer sa propre énergie et d'exporter de l'énergie propre et rentable à l'étranger.

Il ne s'agit pas seulement de chiffres de croissance sur un bilan comptable. Il s'agit de savoir si un jeune doté d'une éducation peut trouver un emploi qui lui permettra de nourrir sa famille ; si un agriculteur peut amener ses produits au marché ; ou si un homme d'affaires armé d'une bonne idée peut démarrer une entreprise. Il s'agit de la dignité du travail. Il s'agit d'une chance que doivent pouvoir saisir les Africains au XXIe siècle. De même que la gouvernance est une condition essentielle du progrès économique, elle revêt également une importance cruciale dans le troisième domaine que je voudrais à présent aborder, l'amélioration de la santé publique. Ces dernières années, des progrès énormes ont été accomplis dans certaines parties de l'Afrique. Les gens sont beaucoup plus nombreux à vivre avec le VIH/sida de manière productive et à obtenir les médicaments qu'il leur faut. Je viens de visiter une merveilleuse clinique, un hôpital spécialisé dans la santé maternelle. Mais trop d'Africains périssent toujours de maladies qui ne devraient pas les tuer. Lorsque des enfants meurent d'une piqûre de moustique et que des mères succombent lors d'un accouchement, nous savons qu'il reste des progrès à faire. Or du fait des incitations, souvent fournies par les pays donateurs, beaucoup de médecins et d'infirmiers africains s'en vont à l'étranger, ou travaillent à des programmes qui luttent contre une maladie unique. Cette situation crée des lacunes en matière de soins primaires et de prévention de base. Par ailleurs, il appartient à tout un chacun de faire sa part. Il faut faire des choix responsables de nature à prévenir la propagation de la maladie et à promouvoir la santé publique dans la collectivité et dans le pays.

Ainsi, d'un bout à l'autre de l'Afrique, nous voyons des exemples de gens qui s'attaquent à ces problèmes. Au Nigéria, des chrétiens et des musulmans ont mis en place un programme interconfessionnel de lutte contre le paludisme qui est un modèle de coopération. Ici au Ghana et dans toute l'Afrique, nous observons des idées novatrices visant à combler les lacunes du système de santé, par exemple des initiatives d'échanges d'informations médicales par Internet qui permettent à des médecins exerçant dans de grandes villes d'aider ceux des petites agglomérations. Les États-Unis appuieront ces efforts dans le cadre d'une stratégie de santé exhaustive et mondiale. Car au XXIe siècle, nous sommes appelés à agir selon notre conscience mais aussi dans notre intérêt commun. Lorsqu'un enfant meurt à Accra d'une maladie évitable, cela nous diminue partout. Lorsque dans un coin quelconque du monde on néglige de s'attaquer à une maladie, nous savons qu'elle peut se propager à travers les océans et d'un continent à l'autre. C'est pourquoi mon gouvernement s'est engagé à consacrer 63 milliards de dollars à relever ces défis - 63 milliards de dollars. En nous fondant sur les solides efforts du président Bush, nous poursuivrons la lutte contre le VIH/sida. Nous ne cesserons de chercher à enrayer la mortalité due au paludisme et à la tuberculose et nous travaillerons à éradiquer la polio. Il ne s'agit d'ailleurs pas de s'attaquer aux maladies isolément : nous investirons dans des systèmes de santé publique à même de prévenir la maladie et de promouvoir le bien-être, en mettant l'accent sur la santé maternelle et infantile. En même temps que nous unissons nos efforts en faveur d'une meilleure santé, nous devons également stopper la destruction causée non pas par la maladie, mais par les êtres humains. C'est pourquoi le dernier domaine que je vais aborder se rapporte aux conflits.

Soyons bien clairs : l'Afrique ne correspond pas à la caricature grossière d'un continent perpétuellement en guerre. Mais si l'on est honnête, pour beaucoup trop d'Africains, le conflit fait partie de la vie ; il est aussi constant que le soleil. On se bat pour des territoires et on se bat pour des ressources. Et il est toujours trop facile à des individus sans conscience d'entraîner des communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus. Tous ces conflits pèsent sur l'Afrique comme un véritable boulet. Nous sommes tous répartis selon nos identités diverses, de tribu et d'ethnie, de religion et de nationalité. Mais se définir par son opposition à une personne d'une autre tribu, ou qui vénère un prophète différent, cela n'a aucune place au XXIe siècle. La diversité de l'Afrique devrait être source de force et non facteur de division. Nous sommes tous enfants de Dieu. Nous partageons tous des aspirations communes : vivre dans la paix et dans la sécurité ; avoir accès à l'éducation et à la possibilité de réussir ; aimer notre famille, notre communauté et notre foi. Voilà notre humanité commune. C'est la raison pour laquelle nous devons nous élever contre l'inhumanité parmi nous. Il n'est jamais justifiable - jamais justifiable - de cibler des innocents au nom d'une idéologie. C'est un arrêt de mort, pour toute société, que de forcer des enfants à tuer dans une guerre. C'est une marque suprême de criminalité et de lâcheté que de condamner des femmes à l'ignominie continuelle et systémique du viol. Nous devons rendre témoignage de la valeur de chaque enfant au Darfour et de la dignité de chaque femme au Congo. Aucune religion, aucune culture ne doit excuser les atrocités qui leur sont infligées.

Nous devons tous rechercher la paix et la sécurité nécessaires au progrès. On voit d'ailleurs des Africains se mobiliser pour cet avenir. Ici aussi, au Ghana, nous vous voyons contribuer à montrer la voie. Soyez fiers, Ghanéens, de vos contributions au maintien de la paix au Congo, au Libéria ou encore au Liban, ainsi que de votre résistance au fléau du trafic de stupéfiants. Nous nous félicitons des mesures que prennent des organisations telles que l'Union africaine et la CEDEAO en vue de mieux régler les conflits, de maintenir la paix et de soutenir ceux qui sont dans le besoin. Et nous encourageons la vision d'un cadre sécuritaire régional puissant, capable de mobiliser une force efficace et transnationale lorsque cela s'avère nécessaire. Il incombe aux États-Unis de travailler avec vous en tant que partenaire à promouvoir cette vision, non seulement par des paroles mais aussi par des appuis qui renforcent les capacités de l'Afrique. Lorsqu'il y a génocide au Darfour ou des terroristes en Somalie, ce ne sont pas simplement des problèmes africains : ce sont des défis mondiaux à la sécurité, exigeant une riposte mondiale. C'est pourquoi nous sommes prêts à agir en partenariat, tant par la diplomatie que par l'assistance technique et l'appui logistique, et que nous soutiendrons les efforts visant à contraindre les criminels de guerre à rendre des comptes.

En outre, je tiens à le dire clairement : notre Commandement pour l'Afrique ne vise pas à prendre pied sur le continent, mais à relever ces défis communs afin de renforcer la sécurité des États-Unis, de l'Afrique et du reste du monde. À Moscou, j'ai parlé de la nécessité d'un système international où les droits universels des êtres humains soient respectés et où les violations de ces droits soient combattues. Ceci doit inclure un engagement à soutenir ceux qui règlent les conflits pacifiquement, à sanctionner et à arrêter ceux qui ne le font pas, et à aider ceux qui ont souffert. Mais en fin de compte, ce seront des démocraties dynamiques telles que le Botswana et le Ghana qui diminueront les causes de conflit et élargiront les frontières de la paix et de la prospérité.

Comme je l'ai déjà dit, l'avenir de l'Afrique appartient aux Africains. Les peuples d'Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir. Dans mon pays, les Afro-Américains - dont un grand nombre d'immigrés récents - réussissent dans tous les secteurs de la société. Cela, nous l'avons accompli en dépit d'un passé difficile et nous avons puisé notre force dans notre héritage africain. Avec de puissantes institutions et une ferme volonté, je sais que les Africains peuvent réaliser leurs rêves à Nairobi et à Lagos, à Kigali et à Kinshasa, à Harare et ici-même à Accra.

Vous savez, il y a cinquante-deux ans, les yeux du monde étaient rivés sur le Ghana. Et un jeune prédicateur du nom de Martin Luther King est venu ici, à Accra, pour voir amener les couleurs de l'Union Jack et hisser le drapeau du Ghana. Cet événement précédait la Marche sur Washington et l'aboutissement du mouvement des droits civiques dans mon pays. On a demandé à Martin Luther King quel sentiment lui avait inspiré la vue de la naissance d'une nation, et il a répondu : « Cela renforce ma conviction que la justice finit toujours par triompher. » Aujourd'hui, ce triomphe doit être, une fois de plus, renouvelé, et c'est vous qui le devrez le faire. Ici, je m'adresse particulièrement aux jeunes, à travers toute l'Afrique et ici-même au Ghana. Dans des endroits comme le Ghana, vous représentez plus de la moitié de la population. Et voici ce que vous devez savoir : le monde sera ce que vous en ferez. Vous avez le pouvoir de responsabiliser vos dirigeants et de bâtir des institutions qui servent le peuple. Vous pouvez servir vos communautés et mettre votre énergie et votre savoir à contribution pour créer de nouvelles richesses ainsi que de nouvelles connexions avec le monde. Vous pouvez conquérir la maladie, mettre fin aux conflits et réaliser le changement à partir de la base. Vous pouvez faire tout cela. Oui, vous le pouvez. Car en ce moment précis, l'histoire est en marche.

Mais ces choses ne pourront se faire que si vous saisissez la responsabilité de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des efforts. Il y aura des souffrances et des revers. Mais je puis vous promettre ceci : l'Amérique vous accompagnera tout le long du chemin, en tant que partenaire ; en tant qu'amie. Cependant, le progrès ne viendra de nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l'espoir que vous porterez dans votre coeur.

Ghana, la liberté est votre héritage. À présent, c'est à vous que revient la responsabilité de bâtir sur cette fondation de liberté. Si vous le faites, nous pourrons, bien des années plus tard, nous remémorer des lieux comme Accra et nous dire que c'est à ce moment-là que la promesse s'est réalisée, que la prospérité s'est forgée, que la douleur a été surmontée et qu'une nouvelle ère de progrès a débuté. Ce moment peut être celui où nous verrons, une fois de plus, triompher la justice. Oui, nous le pouvons.

Merci beaucoup. Que Dieu vous bénisse. Je vous remercie.

Traduit de l'Anglais par le service de presse de l’Ambassade des Etats-Unis à Conakry.

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